Et si le pal reliait le ciel et la terre?

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 8 septembre 2023 · 1 min de lecture

Et si le pal reliait le ciel et la terre?

«Ceux qui ne meurent jamais», Dana Grigorcea, Editions Les Argonautes, 268 pages.

Une jeune artiste retourne dans la petite ville des Carpates où elle passait des étés merveilleux dans la villa de sa grand-tante, à l’époque où la Roumanie subissait le joug de Nicolae Ceausescu. Un corps mutilé est retrouvé dans la crypte de sa famille et un lien est établi avec Vlad l’Empaleur, alias Dracula. Pour bien comprendre le livre de Dana Grigorcea, elle-même Roumaine, il faut savoir que là-bas, Vlad l’Empaleur est plutôt considéré comme un héros que comme un bourreau. Il a combattu les Turcs de l’Empire Ottoman – il en a fait empaler à la chaîne –, ça ne s’oublie pas, et l’avoir transformé en ce cabotin buveur de sang de Dracula n’est pas du goût de tous. Ceux qui ne meurent jamais est un récit délicat et facétieux, sensuel aussi, amusé. Le supplice du pal y est très bien décrit, même son aspect métaphysique: «La justice est le pieu vertical de la croix, qui relie le ciel et la terre. Et lui, Vlad Dracula, emploierait toutes ses forces à inscrire ce pieu dans le mitan de son pays. Puisse le monde entier trembler, en l’honneur de Dieu.» En roumain, se faire empaler signifie aujourd’hui avoir été dupé. En français, on dit se faire mettre. Un sentiment de plus en plus courant.

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