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Et si le nazisme avait «pris» dans l’Amérique de Lindbergh?

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 19 février 2021 · 7 min de lecture

Et si le nazisme avait «pris» dans l’Amérique de Lindbergh?
© Matthias Rihs

Les romanciers Philip Roth et Philip K. Dick ont imaginé que l’Amérique basculait dans le nazisme, avant et après la guerre. Deux uchronies qui rebondissent en séries télévisées dont les conjectures de base et les observations qu’elles nourrissent ont amplement de quoi nous intéresser sans ressasser pour autant la chanson des «vieux démons»…

Les plus grands romans tiennent souvent à un sentiment fondamental, ressenti par un individu avec une intensité particulière, et dont l’expression, enrichie par une somme d’observations nuancées, fait ensuite figure de vérité générale. 

Dès la première phrase, ainsi, du Complot contre l’Amérique, Philip Roth inscrit ce qui est à la fois le plus fictionnel et le plus directement autobiographique de ses romans (le narrateur se nommant Philip Roth dans le roman, Philip Levin dans la série télé), sous le signe de telle dominante émotionnelle: «C’est la peur qui préside à ces mémoires, une peur perpétuelle. Certes, il n’y a pas d’enfance sans terreurs, mais tout de même : aurais-je été aussi craintif si nous n’avions pas eu Lindbergh pour président, ou si je n’étais pas né dans une famille juive?»

Après la magistrale trilogie que forment Pastorale américaine, J’ai épousé un communiste et La tache, Philip Roth (1933-2018) sans doute l’un des plus grands écrivains américains contemporains, s’est donc livré  plus intimement par le détour paradoxal de cette  saisissante uchronie historico-politique qui voit les Etats-Unis tomber sous la coupe d’un président pro-nazi en la personne de l’héroïque aviateur Charles Lindbergh. Ce beau roman a fait l’objet d’une adaptation sous forme de série brève, à l’enseigne de la chaîne HBO, dont les premiers épisodes sont actuellement visibles sur la RTS. Dans la foulée, on peut rappeler que David Simon, co-scénariste et réalisateur, avait déjà signé The Wire (A l’écoute), docu-fiction emblématique, et que Philip Roth lui-même adouba son projet d’adaptation dont la pertinence a été relancée avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. 

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