De trois sous faire une voie lactée

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 12 avril 2024 · 1 min de lecture

De trois sous faire une voie lactée

«Et ceci, esseula», Al Martin, Les Cahiers Dessinés, 160 pages.

Dans les années 1970, Alain Martin dessinait, au crayon, des gants de boxe hyperréalistes. Des bottes en cuir aussi. Il n’était ni boxeur ni cordonnier et on se doutait bien que l’objet lui-même était un prétexte. Mais un prétexte à quoi? Les Cahiers Dessinés donnent à voir aujourd’hui cinquante ans de la pratique artistique d’Al Martin. Cinquante ans de recherches, d’explorations, d’expérimentations, de dérives volontaires. C’est comme un voyage dans un désert peuplé de tribus, de faunes et de flores. Le texte de Philippe Cyroulnik qui accompagne les dessins d’Al Martin permet de mieux le comprendre que mes allusions deleuziennes: «En ces temps où le retour au « métier », l’apologie du « noble » et du « savoir-faire » semblent être des fins en soi, il y a dans le dessin d’Al Martin un côté irrévérencieux et insolent qui rafraîchit. Alors que tant de trissotins confondent application et intelligence, laborieux et ingénieux, l’œuvre d’Al Martin est une respiration salutaire dans l’air du temps.» Ou mieux encore: «Il fait de presque rien un monument, de trois sous une voie lactée, d’une tache un continent.» Voilà enfin une définition de l’art – et des artistes – simple à comprendre.    

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Le créateur romand qui brille en Allemagne

CultureArticle

Le créateur romand qui brille en Allemagne

Julien Chavaz, 44 ans, qui a étudié le théâtre à Lausanne et Genève, traîné ses guêtres sur plusieurs scènes européennes, est couvert de prix pour ses multiples activités créatrices. Il est aujourd’hui superintendant du Théâtre-Opéra de Magdeburg, en Sachsen-Anhalt. Au cœur de la bataille politico-culturelle qui s’annonce.

Jacques Pilet

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

CultureArticle

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

Pour contrer les Soviétiques durant la guerre froide, les Etats-Unis menèrent une véritable offensive culturelle qui se poursuit de nos jours. Elle se déploya tous azimuts afin d’ancrer dans les mentalités européennes la supériorité de l’Amérique. Il existe un livre de référence à ce sujet, publié en 1999: «Qui menait la danse? La CIA et la guerre froide culturelle». Son autrice, la Britannique Frances Stonor Saunders, est décédée le 31 août à l’âge de 60 ans. L’occasion d’un hommage.

Martin Bernard