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Comment l’Allemagne flingue un magazine

Par Antoine Thibaut · Publié le 19 juillet 2024 · 2 min de lecture

Comment l’Allemagne flingue un magazine
Capture d'écran du site du magazine "Compact" avant qu'il ne soit mis hors-ligne par les autorités allemandes. © Compact

Emois chez les juristes allemands. La ministre de l'Intérieur Nancy Faeser a ordonné l’interdiction immédiate du magazine d’extrême droite «Compact». Ses locaux ont été perquisitionnés, son site internet débranché. Cette feuille qui existe depuis 2010 se distingue par sa xénophobie, son islamophobie, comparable, pour une part, à la ligne d'Eric Zemmour. Un titre marginal avec ses 40’000 exemplaires. Quiconque est attaché à la démocratie et aux droits de l’homme ne peut que trouver cette publication nauséabonde. Mais doit aussi se poser la question: un gouvernement peut-il ainsi la supprimer d’un trait de plume?

Il existe, en Allemagne comme ailleurs, des lois qui condamnent le racisme. Dès lors ce serait à la justice de prendre les mesures nécessaires. Or en l’occurence, aucune plainte pénale n’a été déposée. C’est l’administration qui a frappé et s’en explique dans un document dit confidentiel qui a néanmoins fuité. Et été publié notamment dans la version allemande de Epoch Times. On y trouve des citations d’articles, diverses allégations sur le fondateur et l’association dont il s’est entouré, de lourdes accusations. Notamment d’antisémitisme et de sympathies pro-russes. Ces griefs n’ont cependant pas été soumis à confrontation. Aucun juge n’est intervenu. Le pouvoir a décidé de tracer sans débat la ligne du bien et du mal, du permis et de l’interdit. Un recours sera certes déposé mais la procédure sera longue et coûteuse. Nombre de juristes, nullement favorables à la ligne politique de Compact, disent leur surprise, leur inquiétude ou leur condamnation devant un tel procédé. L’interprétation qui a été faite de la Constitution suscite quelques réactions dubitatives ou négatives dans tous les camps bien que les partis au pouvoir et la CDU approuvent plutôt la mesure. Même la feuille d’extrême gauche, quasi staliniste, Junge Welt, a protesté!

A noter que peu avant l’affaire, ce magazine avait publié l’interview d’une ministre russe. Est-ce là surtout que la chatte a mal au pied?

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