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Marcel Bascoulard, dessinateur inspiré et irréductible clochard

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 22 décembre 2023 · 7 min de lecture

Marcel Bascoulard, dessinateur inspiré et irréductible clochard
A gauche, Marcel Bascoulard. A droite, un de ses dessins: Eglise Saint-Martin à Clamecy, non daté, encre et lavis. - © Les Cahiers dessinés

Il portait des robes, vivait en marginal, insoumis; il dessinait, encore et encore. Les Cahiers Dessinés présentent la vie et l’œuvre de Marcel Bascoulard (1913-1978) dans un ouvrage richement illustré. Les dessins de Bascoulard procurent de formidables sensations, comme s’il avait dessiné méticuleusement un décor pour mieux nous en libérer, pour nous laisser enfin penser.

Sommaire

Lorsqu’on regarde un dessin de Marcel Basscoulard, on est d’abord impressionné par sa précision. Chaque brique, chaque pavé, chaque touffe d’herbe est reproduit sur la feuille. Chaque fissure dans les façades, chaque nuage dans le ciel, chaque poteau télégraphique, chaque enseigne. La lumière est maîtrisée, comme l’est la perspective; les flaques d’eau semblent refléter la réalité. Oui, tout semble réel. Ensuite, arrive quelque chose d’étrange qu’on peine à définir. Il n’y a personne dans les dessins, pas d’être humain, pas d’animaux. Alors on y est projeté nous-même et là, la découverte est épatante, inspirante; ça bouge.

Bascoulard rend visible l’invisible1. Toute cette précision, cette minutie, ce réalisme formel nous emmènent dans une abstraction que l’on ressent d’abord par le mouvement. Ses dessins sont animés. La courbe d’un chemin provoque une sensation tout à la fois mentale et somatique, la pente d’une route idem, une prairie inondée devient un miroir à traverser, la cathédrale de Bourges, un insecte ventru et goulu, repu des âmes des paroissiens dévorés. Les rues sont des méandres où l’on erre libérés d’un but à atteindre, les arbres sont les racines d’un monde inversé. C’est comme si Bascoulard avait répertorié chaque élément pour mieux nous faire voir un ensemble que d’habitude on ne perçoit pas, comme s’il avait compté les pavés pour mieux nous les faire oublier, comme s’il avait dessiné méticuleusement le décor pour mieux nous en désaliéner. Et si, en se perdant dans les détails de ses dessins, on se donnait la chance de nous perdre nous-même dans notre pensée?

Marcel Bascoulard était un homme hors du commun, un grand artiste, un clochard malodorant, un marginal qui se travestissait en femme, un penseur, un poète, un voyant. Le formidable livre publié par Les Cahiers Dessinés − Bascoulard, dessinateur virtuose, clochard magnifique, femme inventée − permet de le découvrir, à travers ses dessins, des photos, dix-neuf lettres inédites de Bascoulard à celui qu’il appelait son «Maître», un certain Joseph de la Nézière, artiste de quarante ans son aîné, et aussi à travers le texte du meilleur connaisseur actuel de la vie de l’artiste, Patrick Martinat.

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