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Barbara, es-tu là?

Marie-Claude Martin

Par Marie-Claude Martin · Publié le 30 août 2017 · 7 min de lecture

Barbara, es-tu là?
© DR

La chanteuse, décédée en novembre 1997, est au cœur d’une intense actualité discographique et éditoriale. Mathieu Amalric apporte sa contribution avec un hommage très personnel et un peu zinzin à la longue dame brune. Son film ressemble à une séance de spiritisme. Il a reçu le prix Jean Vigo.

J’ai vu deux fois «Barbara» de Mathieu Amalric. D’abord, je ne l’ai pas aimé, agacée par ce qui m’est apparu comme un contresens: pourquoi faire compliqué, voire rococo, quand l’interprète de «Ce matin-là» n’a jamais aspiré qu’à la simplicité? Barbara, c’est un peu la Flaubert de la chanson française: pas de fioritures, que l’essentiel. C’est aussi l’évidence d’une voix en accord avec le texte, une aspiration constante à mettre les mots de la quotidienneté sur les sentiments les plus complexes: la mélancolie, le mal de vivre, la séparation, le deuil, la passion pyromane, l’inceste, mais aussi la gourmandise du désir, l’apaisement d’une nuit d’amour, la gaité d’une rencontre inopinée, le plaisir des retrouvailles, la joie du retour tant attendu.

Il manque la chair de poule

Peut-être aura-t-il fallu vingt ans pour s’en rendre compte: Barbara est une chanteuse populaire (lire encadré). Elle exprime tous ces moments douloureux ou frivoles, pesants ou heureux, fugaces ou funestes, dont nous savons pas, au moment où nous les vivons, s’ils sont promis à l’oubli ou à la mémoire. Barbara chante ce que nous avons éprouvé, ce que nous éprouvons ou ce que nous éprouverons un jour. C’est là qu’elle touche au cœur. Entre elle et nous, il n’y a rien. Pas de filtre, pas de tralalas, pas de références qu’il faudrait connaître pour avoir la clé. Sur ce point, le film d’Amalric déçoit. Il ne parvient jamais à faire pointer cette émotion à fleur de peau ou à poil hérissé qui lie de manière presque mystique la chanteuse à son public.

Une amie et un fantôme

Mais Barbara, c’est aussi la chanteuse du temps jamais passé. Soit qu’il ressuscite à la faveur d’un événement («Druot»), soit qu’il se répète («A chaque fois»); soit qu’il vous accompagne comme un chagrin qu’on chérit («Remusat), soit qu’il continue d’agir alors qu’on le pensait enterré («Nantes»). «Hanter» serait le verbe qui convient le mieux à son répertoire et à son jeu de scène inspiré du mime. Barbara, tout à la fois hyper-présente et déjà Belphégor: une amie et un fantôme.

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