Ballades anarchistes

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 1 juillet 2022 · 1 min de lecture

Ballades anarchistes

«Tout à l’égout», Abstral & Blok, Hummus Records, dix titres.

Le Père peinard était un hebdomadaire pamphlétaire fondé en 1889 par le militant anarchiste, antimilitariste et syndicaliste révolutionnaire français Emile Pouget. Le dernier numéro paraît en 1902, après de nombreuses interdictions. Le vocaliste Abstral Concept et le musicien Stéphane Blok ressuscitent aujourd’hui certains textes du Père peinard, les mettent en musique, et c’est épastrouillant. La langue est populaire, insolente, loin des carcans de l’Académie française où les nostalgiques et les tenants de l’ordre langagier établi veulent aujourd’hui comme hier la cantonner. Pareil pour les idées: Pouget ne s’embarrassait pas d’euphémismes, il appelait un patron un exploiteur, savait de quel côté de la justice sociale se trouvaient, et se trouvent encore, les bourgeois, grands ou petits. «Ce début de siècle est dégueulasse, tout est menteries et crapuleries… Pour empêcher les chiens de mordre, on les attache à des saucisses.» Le clip Les chiens de mordre illustre bien l’ambiance de l’album. La guitare de Blok et la voix d’Abstral alliées aux textes de Pouget font comme une piqure de rappel: la lutte des classes n’a jamais cessé, même si, pour empêcher les chiens de mordre, c’est aujourd’hui avec le consumérisme qu’on les attache, bien serré.


«Tout à l’égout», Hummus Records

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