Agata, Lucia, Rosalia et une sainte colère

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 3 mars 2023 · 1 min de lecture

Agata, Lucia, Rosalia et une sainte colère

«Madones et putains», Nine Antico, Editions Dupuis - Aire Libre, 144 pages.

Cette épatante bande dessinée – oui, épatante: elle provoque en nous tout à la fois un étrange malaise, le sentiment familier de certains cauchemars, une profonde empathie pour les personnages et des émotions esthétiques – cette épatante BD, donc, raconte l’histoire de trois femmes, vivant dans le Sud de l’Italie au XXème siècle. Trois destins inspirés de personnages ayant réellement existé. Agata se retrouve dans un sanatorium, sur l’île de Stromboli, où son père la tient éloignée des remous provoqués par l’assassinat de sa mère par l’amant de celle-ci. Lucia vit à Naples, durant la Seconde guerre mondiale, alors que la ville est libérée par les soldats américains; elle est surprise avec un fuyard allemand, tondue et mise au ban de la société. Rosalia vit sous la protection de la police, à Rome, après avoir témoigné contre des mafieux de son village sicilien; rejetée par sa famille, elle trouve l’affection qui lui manque dans celle du juge antimafia Paolo Borsellino. Trois femmes, trois noms de saintes catholiques, trois tragédies. Tant le scénario que les dessins abordent ces tragédies sans résignation, sans pleurnicheries. Ces trois femmes, sacrifiées par les sociétés dans lesquelles elles vivent, à trois époques différentes, ne sont pas présentées comme des victimes, plutôt comme des martyres. Leurs vies sacrifiées ne suscitent pas une molle indignation bourgeoise, elles soulèvent les cœurs de colère.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Le créateur romand qui brille en Allemagne

CultureArticle

Le créateur romand qui brille en Allemagne

Julien Chavaz, 44 ans, qui a étudié le théâtre à Lausanne et Genève, traîné ses guêtres sur plusieurs scènes européennes, est couvert de prix pour ses multiples activités créatrices. Il est aujourd’hui superintendant du Théâtre-Opéra de Magdeburg, en Sachsen-Anhalt. Au cœur de la bataille politico-culturelle qui s’annonce.

Jacques Pilet

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

CultureArticle

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

Pour contrer les Soviétiques durant la guerre froide, les Etats-Unis menèrent une véritable offensive culturelle qui se poursuit de nos jours. Elle se déploya tous azimuts afin d’ancrer dans les mentalités européennes la supériorité de l’Amérique. Il existe un livre de référence à ce sujet, publié en 1999: «Qui menait la danse? La CIA et la guerre froide culturelle». Son autrice, la Britannique Frances Stonor Saunders, est décédée le 31 août à l’âge de 60 ans. L’occasion d’un hommage.

Martin Bernard