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Un ultime constat de la déliquescence totale de ce monde

Yves Tenret

Par Yves Tenret · Publié le 3 novembre 2020 · 6 min de lecture

Un ultime constat de la déliquescence totale de ce monde
Incendie à l'usine Lubrizol de Rouen, en septembre 2019. - © DR

Les éditions la Grange Batelière publient «Les coulisses du naufrage» de Daniel Denevert. Il s'agit de courts articles parus entre 2010 et 2015, anonymement, dans un éphémère journal. Constats acides et caustiques des impasses climatiques, environnementales, énergétiques et biologiques.

Sommaire

Les éditions la Grange Batelière qui ont étés fondées pour sauver l’imprimerie du même nom, livrent chaque année un  ou deux textes inédits. Chaque tirage est limité  et sa sortie est fêtée par une soirée conviviale avec les souscripteurs. Après avoir publié en 2018, Dérider le désert de Daniel Denevert, un recueil de textes écrits entre 1980 et 2015, elles réitèrent aujourd’hui  avec Les coulisses du naufrage, du même auteur.

Chroniques d’un baby-boomer

Bien connu de tous les afficionados de l’ultime avant-garde de l’Occident,  celle qui voulait unir avant-garde artistique et politique, l’Internationale situationniste, Daniel Denevert est l’homme qui a révélé en le publiant, en 1974, le fameux Débat d’orientation au sein de l’ex-Internationale Situationniste, un ouvrage qui était composé de l’ensemble de la correspondance interne échangée entre les membres de l’Internationale Situationniste, entre les années 1968 et 1972, et qui, en révélant  ainsi publiquement les manœuvres des uns des autres, rendit impossible sa continuation de l’I. S. et sonna donc  l’heure de sa fin. Ensuite, après avoir écrit et publié trois brochures, telle que, en 1973,  Théorie de la misère, misère de la théorie, dans le style de l’époque, un jargon marxisant et sclérosé, il disparut de la scène publique et il s’en explique longuement dans un long et passionnant entretien publié à la fin de son nouveau livre, Les coulisses du naufrage,  racontant n’avoir presque rien écrit au cours des décennies 1980 et 1990.

Et à rebours de toute sa génération qui est si narcissique, il avoue par ailleurs qu’il aime et cultive la discrétion, l’ombre, l’anonymat, qu’il s’y sent chez lui et que c’est cela qui lui permet de cultiver une certaine authenticité dans les relations qu’il entretient. «Lorsqu’on considère combien il est en fait difficile de conserver au cours de sa vie une petite poignée de vrais amis, cette course compulsive à la notoriété, cette fascination générale pour les vedettes et le vedettariat, n’expriment qu’une peur panique devant la sensation de vide que cette civilisation moribonde creuse derrière elle, durant une agonie qui n’en finit plus», dit-il. Depuis ses trente ans donc, il cultive son jardin et des amitiés qui contribuent à lui rendre la vie plus douce, la pensée plus juste et plus solide, les actions plus pertinentes.

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