Quand la sécurité devient une obsession et le risque une phobie, la démocratie et nos libertés sont en danger


Les Editions d'en bas publient «Tumulte postcorona − Les crises, en sortir et bifurquer». Dans cet intéressant ouvrage, co-signé par Anne-Catherine Menétrey-Savary, Raphaël Mahaim et Luc Recordon, se trouvent une cinquantaine de contributions, dont celle de Dick Marty, que nous publions ici intégralement.
Dick Marty, ancien conseiller aux Etats
Il aura fallu un misérable virus pour nous mettre soudainement face à nos contradictions, à nos fausses certitudes, à notre consternante fragilité, surtout aux injustices que nous ne voulions pas voir. Un parasite de quelques microns a bouleversé le fonctionnement des Etats, paralysé une grande partie de l’économie mondiale et contraint des milliards de personnes au confinement domiciliaire. Le choc est brutal, effarant, tellement inattendu. Surprenant aussi : le silence qui enveloppe la cité, la redécouverte du chant des oiseaux, la disparition presque inquiétante des éternels embouteillages, les habitants du Punjab qui tout à coup pour la première fois après trente ans revoient la chaîne de l’Himalaya à l’horizon.
Préparation défaillante face à l’épidémie
Dès 2005, après l’épidémie de SARS, plusieurs scientifiques avaient averti qu’un coronavirus apparaîtrait à nouveau vraisemblablement encore plus agressif. L’Occident semble avoir cru, non sans une certaine condescendance, que sa médecine de pointe l’avait mis à l’abri de telles grandes épidémies. Certes, le Conseil fédéral, conscient de l’existence de la menace, a proposé une nouvelle loi sur les épidémies, adoptée par les Chambres en septembre 2012 sans grandes discussions, si l’on excepte une passe d’armes escomptée au sujet de la possibilité d’imposer l’obligation de vaccination (ce qui était par ailleurs déjà prévu dans l’ancien texte). Une loi, aussi bonne soit-elle, ne suffit toutefois pas à nous protéger. Une stratégie détaillée doit être prévue, des équipes doivent être formées, des masques, du désinfectant, des médicaments en quantité suffisante doivent être immédiatement disponibles et la possibilité d’effectuer des tests de dépistage de masse garantie. Ces banals préalables d’intendance pour une pandémie annoncée ne semblent pas avoir été pleinement assurés, alors qu’il y a fort à parier, ne serait-ce qu’en considérant les budgets respectifs, que nos arsenaux débordent de moyens pour des engagements militaires improbables.




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