Réservé aux abonnés

La super grand-mère et le garçon secret

Anna Lietti

Par Anna Lietti · Publié le 24 février 2020 · 5 min de lecture

La super grand-mère et le garçon secret
Francine Rosenbaum a exercé à Neuchâtel et vit à Mendrisio. Elle défend avec vigueur une "éthique de l'accueil". - © Danny Noël

Sortir du traumatisme pour ne pas mourir ou alors pour ne pas tout casser: du point de vue de l'adolescent migrant, tel est souvent l’enjeu de la survie psychique. Comment l’aider? L’ethnoclinicienne Francine Rosenbaum répond en racontant sa rencontre avec un jeune Afghan: salvatrice pour lui, éclairante pour nous.

C’est un livre minuscule et vite lu, mais qui marque comme une vraie rencontre. Francine Rosenbaum, orthophoniste, ethnoclinicienne spécialiste de la prise en charge des familles migrantes, après avoir déployé dans des ouvrages plus cossus sa parole forte sur l’éthique de l’accueil, y livre un concentré de son approche en racontant précisément une rencontre: celle avec un jeune réfugié Afghan de 16 ans en état de désespérance avancée, que des volontaires tessinois lui ont adressé en dernier recours.

Dans le centre suisse alémanique où il passait son «temps vide», le garçon se laissait dépérir. Francine Rosembaum, en lui parlant avec la voix d’une «grand-mère», a réussi à le convaincre de dormir et de se nourrir. D’actionner «sa marge de survie psychique». Aujourd’hui, le garçon flotte toujours dans le vide de l’attente pour sa procédure d’asile, mais son regard s’est rallumé et à son aînée bouleversée, il a dit des mots de reconnaissance encourageants: «Vous m’avez redonné l’énergie vitale, celle qui va de l’avant en se nourrissant de l’expérience passée, l’énergie qui m’a sorti de la fascination pour ma propre souffrance». Oui, il parle bien: «I…» est un garçon à l’intelligence hors norme.

Ecoute, mode d’emploi

Voyant l’exemplarité de l’aventure qu’elle venait de vivre, l’infatigable orthophoniste à la retraite – Francine Rosenbaum habite Mendrisio après avoir exercé à Neuchâtel – a entrepris de la raconter: «pour être utile», pour susciter «réflexions» et «interrogations».

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Anouilh, retrouvailles avec l’illustre inconnu

CultureArticle

Anouilh, retrouvailles avec l’illustre inconnu

Le répertoire de Jean Anouilh est rarement à l’affiche des théâtres. Il connut pourtant un demi-siècle de succès, avec une quarantaine de pièces. Applaudi dans l’espace francophone et parfois au-delà. Le livre que lui consacre Anca Visdei révèle une personnalité attachante, qui partage avec nous son énergie, sa passion, la dureté des revers.

Jacques Pilet

François d’Assise raconté par Frédéric Pajak

CultureArticle

François d’Assise raconté par Frédéric Pajak

Frédéric Pajak fait paraître le 11e volume de son «Manifeste incertain». Un volume consacré pour l’essentiel au «poverello» dont on célèbre cette année le 800e anniversaire de la mort. Deux autres textes, plus personnels, évoquent la jeunesse qui s’en est allée, les amis qui meurent, des souvenirs d’enfance et de jeunesse, Gênes…

Patrick Morier-Genoud

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

CultureArticle

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

Pour contrer les Soviétiques durant la guerre froide, les Etats-Unis menèrent une véritable offensive culturelle qui se poursuit de nos jours. Elle se déploya tous azimuts afin d’ancrer dans les mentalités européennes la supériorité de l’Amérique. Il existe un livre de référence à ce sujet, publié en 1999: «Qui menait la danse? La CIA et la guerre froide culturelle». Son autrice, la Britannique Frances Stonor Saunders, est décédée le 31 août à l’âge de 60 ans. L’occasion d’un hommage.

Martin Bernard