Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes


Diplomate militaire à l'OSCE, le colonel suisse A.F.* avait pour mission de maintenir ouverts les canaux avec Moscou. Accusé par un homme proche des services ukrainiens d'avoir livré des secrets aux Russes, il a été rappelé de Berlin fin 2024. Entre-temps, la justice militaire enquête sur lui pour trahison. Ses anciens collègues dénoncent une opération de désinformation, relayée par la NZZ et jamais contrée par Berne. Chronique d'un thriller politique.
Sommaire
L’officier suisse A.F. aurait livré des secrets militaires à des représentants de l’État russe. Les services de renseignement ukrainiens, qui l’ont surveillé à plusieurs reprises, en sont convaincus. Et ils sont connus pour ne pas prendre de gants avec les espions présumés. En 2022, des agents du service de renseignement intérieur, le SBU, ont assassiné Denys Kireïev. Quelques jours après l’invasion lancée par Poutine, celui-ci participait, côté ukrainien, aux négociations de paix avec la Russie à Gomel, en Biélorussie. Le SBU le soupçonnait, à tort, d’être un agent double.
A.F., lui, est heureusement toujours en vie. Ses supérieurs l’ont néanmoins relevé de ses fonctions et rappelé en Suisse. Les autorités bernoises ne lui ont guère apporté de soutien. Elles n’ont notamment mis en place aucune mesure de protection, l’exposant ainsi au risque d’un assassinat. Bien au contraire: des faucons antirusses au sein du Service de renseignement de la Confédération (SRC) et du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ont flairé l’occasion de faire un exemple avec ce défenseur chevronné de la neutralité. Chef d’accusation: trahison. L’histoire qui suit n’est pas un polar de John Le Carré, mais une réalité inquiétante dans la Suisse de 2026. Reprenons dans l’ordre.
I. Silence radio à Vienne
L’histoire commence dans la capitale autrichienne. Après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, l’atmosphère devient extrêmement tendue au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Le colonel A.F. y travaille depuis 2019 comme conseiller militaire, avec rang de conseiller d’ambassade, à la Mission permanente de la Suisse auprès de l’OSCE. Les contacts entre les représentants des États de l’UE et de l’OTAN et la délégation russe se raréfient au point de devenir presque inexistants. Il arrive fréquemment que des délégations de pays de l’OTAN quittent les séances lorsque des diplomates russes prennent la parole. L’OSCE peine de plus en plus à remplir sa mission. L’organisation, chargée de promouvoir la sécurité et la paix en Europe, est menacée de blocage.




Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.