Un livre, une BD et un magazine: «Aqua», de Gaspard Koenig, «Maudite du cul», de Sara Forestier et Jeanne Alcala, «Passé simple» no 110.
Sommaire
Comment gérer un bien commun?
Voilà un roman qui parle de deux des sujets majeurs de ce début de 21e siècle: l’eau et la démocratie. Aqua, de Gaspard Koenig, a pour cadre un petit village normand fictif, nommé Saint-Firmin. Martin Jobard, enfant du pays devenu haut fonctionnaire à Paris, revient au village pour succéder à son oncle, le maire sortant et le plus important agriculteur de la commune. Une fois élu, il a pour projet de raccorder le réseau d’eau local à celui de la région, dans un élan technocratique et centralisateur. Mais il perd les élections face à Maria, ancienne sociologue devenue tenancière de l’épicerie-bistrot du village. Celle-ci soutient une gestion locale et communautaire de l’eau. Sauf que celle de Saint-Firmin est polluée par le nitrate dont se sert l’ancien maire, lequel accapare aussi la nappe phréatique pour irriguer son maïs. Avec l’été arrive la sécheresse. Mis à part une intéressante réflexion sur la gestion de l’eau – à qui appartient-elle? à quoi doit-elle servir? –, Aqua aborde la démocratie et la politique. Le politologue français Alexis de Tocqueville (1805-1859) est cité, lui qui opposa à la démocratie tutélaire d’un Etat centralisé infantilisant les citoyens une décentralisation administrative et la liberté d’initiatives locales. La politologue et économiste étatsunienne Elinor Ostrom (1933-2012) aussi, qui analysa, entre autres, les communs, ces ressources partagées, gérées et maintenues collectivement, et critiqua «l’illusion que les individus ne peuvent se gouverner eux-mêmes et ont besoin d’une autorité extérieure». Inspirant.

«Aqua», de Gaspard Koenig, Editions de L’Observatoire, 448 pages
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