La philosophie et la haine de la démocratie


Depuis Platon, la philosophie occidentale entretient un rapport ambivalent, souvent hostile, à la démocratie. Derrière l’éloge contemporain de cette dernière se cache une méfiance profonde à l’égard du «dêmos», le peuple, jugé instable, passionnel ou incapable de vérité. Et si la «vraie» démocratie ne pouvait advenir qu’au prix d’une transformation radicale de la philosophie elle-même?
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La philosophie aime-t-elle la démocratie? Cette question révèle une situation paradoxale. Partout et en tout temps, du moins dans notre aire culturelle européenne et nord-américaine, nous nous proclamons tous démocrates. Mais si l’on s’arrête un instant pour réfléchir au sens du mot «démocratie» (dêmos, kratos), tout tend à s’inverser: dêmos, ça veut dire le peuple, kratos, le pouvoir, donc, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple.
Dès lors, le scepticisme soudain nous envahit. Le peuple qui serait au pouvoir? Le peuple qui dirigerait vraiment? Le pays n’est-il pas trop grand? Les passions de la foule ne sont-elles pas dangereuses? Les questions du monde ne sont-elles pas trop complexes? Et le peuple n’est-il pas le plus dangereux des tyrans?
Toute notre tradition de pensée, qui nous vient de Platon, le prince des philosophes, adversaire résolu de la démocratie, résonne en nous. Et, avec Platon, l’avertissement d’Aristote qui affirmait, dans ses Politiques, qu’il ne fallait croire qu’au régime mixte — celui de la bonne politeia — et éviter absolument la démocratie pure qui ne pouvait que conduire à la domination des pauvres.




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