African Parks, l’empire vert du néocolonialisme


Financée par les Etats occidentaux et de nombreuses célébrités, l’organisation star de l'écologie gère 22 réserves en Afrique. Elle est présentée comme un modèle de protection de la biodiversité. Mais l’enquête d’Olivier van Beemen raconte une autre histoire: pratiques autoritaires, marginalisation des populations locales... Avec, en toile de fond, une question: peut-on sauver les éléphants sans écraser les hommes qui vivent à leur côté?
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Avec Au nom de la nature: enquête sur les pratiques néocolonialistes de l’ONG African Parks, le journaliste néerlandais Olivier van Beemen poursuit son travail d’investigation critique sur l’Afrique et les acteurs internationaux qui s’y imposent. Après avoir révélé dans Heineken en Afrique la corruption, l’exploitation et la collusion avec des régimes autoritaires de la multinationale de la bière, il s’attaque cette fois au secteur de la conservation environnementale. Dans son viseur, l’ONG African Parks, souvent présentée comme un modèle mondial de protection de la biodiversité, devenue la coqueluche des bailleurs et des célébrités. Le prince Harry en est l’ambassadeur officiel, Leonardo DiCaprio et Taylor Swift figurent parmi ses généreux donateurs. Quant à l’Union européenne, elle lui a déjà attribué plus de 140 millions d’euros. Ces soutiens prestigieux renforcent une image de réussite et de modernité: celle d’une ONG efficace, financée par les grandes fondations philanthropiques et les États occidentaux, capable de protéger la faune et les écosystèmes menacés tout en stimulant le développement local.
African Parks, un modèle idéalisé
Créée au début des années 2000 par le magnat néerlandais de l’industrie Paul Fentener van Vlissingen, African Parks, dont le siège est à Johannesburg, s’est rapidement imposée comme un acteur incontournable de la conservation sur le continent africain au point de devenir un véritable empire. L’organisation gère aujourd’hui plus de 20 millions d’hectares répartis dans 22 parcs et réserves, situés dans une douzaine de pays à travers toute l’Afrique. Sa stratégie? Convaincre les Etats africains de signer avec elle des contrats de gestion de 20 à 25 ans qui lui donnent un pouvoir considérable: sécurisation des zones, gestion de territoires, administration des parcs, maintien de l’ordre, développement de projets touristiques, etc. L’ONG recrute ses propres rangers, gère les postes de contrôle, fixe les règles d’accès aux terres, délivre des autorisations. Autant de prérogatives qui relèvent en principe des pouvoirs régaliens. «La propriété reste théoriquement dans les mains de l’État, mais dans les faits, c’est African Parks qui décide de presque tout», souligne Olivier Van Beemen.
La conservation, une affaire de Blancs?
Ce dernier s’est immergé pendant quatre ans dans ce monde de la conservation, multipliant les entretiens avec des employés, des cadres, des habitants des zones concernées et des experts, en tout plus de 300 interviews. Son constat est sans appel: derrière le discours séduisant se cachent des pratiques qui s’apparentent à une nouvelle forme de colonialisme en plaçant de vastes espaces africains sous contrôle d’acteurs privés étrangers. «African Parks, c’est une entreprise privée qui a pris en main des fonctions d’Etat», résume un ancien cadre interrogé par Van Beemen. «C’est comme si une entreprise privée devenait l’Etat dans l’Etat», analyse également un juriste congolais.




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