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Presque tout dans presque rien: «Tantra song»

Yves Tenret

Par Yves Tenret · Publié le 22 décembre 2023 · 7 min de lecture

Presque tout dans presque rien: «Tantra song»
Exemples de peintures tantriques, anonymes. © DR

Choisi et présenté par l’homme de lettres Franck André Jamme, le passionnant et très surprenant «Tantra song», publié par les éditions L’Atelier contemporain, accueille des œuvres d’artistes tantristes datant de la fin du XXème et du début du XXIème siècle, peintures qui rappellent de façon époustouflante certaines œuvres de El Lissitzky, de Malevitch ou de Paul Klee.

Sommaire

A la fois introduction à ces représentations initiatiques, poème spatial et témoignage de plusieurs décennies de fréquentation passionnelle et passionnée des tantrikas du Rajasthan, l’ouvrage comprend quarante-six reproductions en pleine page accompagnées de diverses contributions éclairant la genèse de la collection.

Une histoire romanesque

Les adeptes du tantrisme les accrochent au mur lors d’exercices de méditation dans leur  sanctuaire privé. Ces peintures, non signées, anonymes, ne sont donc pas destinées à être visibles par tout un chacun et Franck André Jamme, mort il y a trois ans, en était l’un des rares spécialistes. Il avait consacré une large partie de sa vie à leur recherche et à leur collecte.

Ayant vu, dans une exposition préfacée par Henri Michaux, quelques images indiennes, Franck André Jamme a tout de suite fait un lien entre la poésie et ces peintures. Mais l’histoire de Tantra song a surtout un fort côté romanesque: en se rendant à Jaipur en autocar, Jamme est victime d’un grave accident de la circulation dont il va revenir avec de multiples fractures. C’est pendant sa convalescence qu’il va écrire l’un de ses livres les plus célèbres, La récitation de l’oubli. Ensuite, de retour en Inde, pendant une enquête quasi policière, il va rencontrer un antiquaire qui, après lui avoir demandé de se laver les mains dans une vasque de sable, regardera les formes laissées dans ce sable et les interprétera. Vous avez de la chance, lui dira-t-il. Kali, déesse de la passion et de la colère, vous a épargné et vous lui avez donc payé votre tribu. Vous pouvez poursuivre votre recherche. Mais il y a deux règles: lors de cette quête, vous devez être seul ou avec un être cher, et vous ne pouvez vendre ces peintures que pour en retirer juste de quoi vivre, rien de plus. Ceci admis, il lui donne deux noms et deux adresses. Et après une longue pérégrination, cela aboutira enfin, trois ans plus tard, à Jaipur en 1988, à la découverte dans un atelier de miniatures d’un petit groupe de praticiens anonymes de la chose, et un modeste début de collection pourra commencer.

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