Troisième âge sans plomb


Après «Folles de joie», Paolo Virzi répond à Paolo Sorrentino et Michel Haneke dans «L'Echappée belle» («The Leisure Seeker»), comédie douce-amère du vieillissement tournée aux Etats-Unis, avec Helen Mirren et Donald Sutherland
Est-ce juste un sujet dans l’air du temps ou serait-ce que le cinéma lui-même vieillit doucement, au point d’entrevoir sa propre fin? Encore tabou il n’y a pas si longtemps, le grand âge et ses désagréments s’invitent de plus en plus sur nos écrans. De Judi Dench (Confident royal) à Harry Dean Stanton (Lucky), les comédiens n’hésitent plus à jouer jusqu’à leur dernier souffle tandis que des cinéastes tentés de filmer encore une fois ces légendes vivantes, leur offrent des partitions de plus en plus intéressantes, suivis par un public cinéphile d’autant plus fidèle que lui-même concerné. Gérontophilie, résistance au jeunisme ou reconnaissance tardive que tout âge peut avoir son intérêt, pour peu qu’on se réconcilie avec l’idée de la mort – il y a de tout ça dans la vague actuelle des «films 3e âge», d’ailleurs pas forcément conçus pour lui en priorité.
A priori, L’Echappée belle (The Leisure Seeker) de Paolo Virzi pouvait faire peur, avec son équipe italienne transplantée aux Etats-Unis et sa virée d’un vieux couple sur les routes du sud. On croyait déjà en entendre le ton forcé, musique pimpante et disputes aigres, regard touristique et nostalgie du bon vieux temps, grands numéros de stars à l’appui. C’était oublier de faire confiance au meilleur cinéaste italien de ces vingt dernières années, derrière les maîtres Bellocchio, Amelio et Moretti: le Toscan Virzì, qui s’est imposé comme seul véritable héritier de la grande comédie à l’italienne des années 1960-70.
S’il livre aujourd’hui un film tel que The Leisure Seeker, c’est clairement dans une logique d’auteur et non par opportunisme. A 53 ans, on le devine suffisamment assuré pour oser répliquer à Paolo Sorrentino et à Michael Haneke, dont Youth et Amour semblent l’avoir interpellé. Ou faut-il dire agacé? A ces deux films plutôt statiques, l’un cantonné dans son hôtel de luxe en montagne, l’autre calfeutré dans son appartement bourgeois parisien, l’auteur de Folles de joie (La pazza gioia) répond par un road movie en perpétuel mouvement, nouvelle évasion en forme de pied de nez à la fatalité.




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