«The Irishman», le temps des adieux


Produit par Netfix, le nouvel opus de Martin Scorsese avec Robert De Niro, Al Pacino et consorts «rajeunis», est finalement sorti dans un réseau limité de salles. Ce film de mafia centré sur l'homme qui savait tout de la disparition du syndicaliste Jimmy Hoffa, en 1975, arrive malheureusement 20 ans trop tard.
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Toute la planète cinéphile en salivait déjà, mais une partie enrageait. Quoi, le dernier Scorsese serait produit par Netflix, qui a pour politique de garder jalousement ses films en exclusivité pour les abonnés de son service de Streaming VOD? Scandaleux! Et comment «Monsieur cinéma» avait-il donc pu cautionner cette politique, lui qui ne jure que par le grand écran? Pour finir, The Irishman profite de la brèche percée par Roma et sort dans un réseau de salles très exclusif agréé par Netflix, dont le Cinerama Empire de Genève et le Bellevaux de Lausanne, pour la modeste somme de… 25 francs. Apparemment, c’était, et c’est, le prix à payer pour voir une dernière fois Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci dans un film «monstre» de 3h30 qu’aucun autre studio n’était prêt à produire. Le chef-d’oeuvre de toute une vie?
N’y allons pas par quatre chemins: à part pour les fans indécrottables, la déception est à la mesure de l’attente. Il y a d’abord ce pacte faustien, qui prétendait révolutionner le cinéma en offrant à tout ce beau monde une nouvelle jeunesse. A l’arrivée, tous les miracle numériques n’y peuvent rien: même ainsi «reliftés», on devine constamment qu’il s’agit de septuagénaires avancés qui tentent vaillamment de donner le change. Sans parler du réalisateur, lui aussi en panne manifeste d’inspiration. Bien sûr, d’autres grands cinéastes ont plus ou mois réussi ce genre de films «somme» d’une ampleur inhabituelle (Ludwig, 1900, Il était une fois en Amérique, La Porte du Paradis). Sauf que Scorsese, lui, tente de le refaire (après Gangs of New York) tardivement dans sa carrière, en revenant sur le film de mafia, genre qui a assis sa renommée (Mean Streets, GoodFellas, Casino, The Departed).
Le muet qui parle
Le sujet choisi ne manquait pourtant pas d’atouts. Longtemps non résolue, l’affaire de la disparition en 1975 de Jimmy Hoffa, patron des Teamsters, le puissant syndicat des camionneurs, constitue un pic du pouvoir de la mafia italienne aux Etat-Unis. Elle a aussi des ramifications politiques avec les présidences Kennedy et Nixon et pouvait donc servir de base à une fresque ambitieuse sur l’Amérique de la fin du XXe siècle. Le biopic Hoffa ayant déjà été tourné (et raté) par le trio Danny De Vito – David Mamet – Jack Nicholson (1992), Scorsese a préféré aborder l’histoire par le petit trou de la lorgnette: l’homme de main qui savait tout mais n’a jamais parlé. Pas de quoi justifier un film de 3h30.



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