Radio Free Europe de retour en Hongrie


Les entraves à la liberté de la presse se multiplient en Hongrie depuis 2010, sous l'impulsion du Premier ministre Orbán. Radio Free Europe projette de réouvrir son antenne hongroise pour y remédier, au moment où la percée inattendue de l'opposition aux récentes élections municipales redonne un peu d'espoir aux médias non affiliés au pouvoir. Tout un symbole, rien qu'un symbole?
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Début septembre, la nouvelle a été reçue comme une gifle par les autorités hongroises. Radio Free Europe, la légendaire radio américaine qui émettait dans le Bloc de l’Est durant la Guerre froide, projette de réouvrir son antenne hongroise depuis Prague. «Szabadság Rádiót» avait cessé ses activités dans le pays en 1993, considérant sa mission accomplie.
Ennemis publics, pressions et fake news
Depuis 2010, pourtant, l’obsession du Premier ministre Viktor Orbán pour le contrôle de l’information a fait faire un bond dans le passé aux médias magyars. Le classement de Reporters Sans Frontières pour la liberté de la presse place la Hongrie en 87ème position sur 180 pays1, entre la Sierra Leone et Israël, et prend acte chaque année depuis 10 ans de la détérioration de la situation. Les rapports s’entassent pour dénoncer une conjoncture qui n’avait pas été observée depuis l’époque soviétique. RSF, Transparency International, la Commission Européenne … depuis fin 2018, associations et institutions officielles s’alarment du danger que représente la concentration, au sein de la fondation KESMA, de 500 médias (presse écrite, radio, télévision, numérique) afin de «veiller à la préservation des valeurs nationales de la Hongrie.» Dirigée par Gabor Liszkay, proche du pouvoir, la fondation plaide pour le pluralisme et l’équilibre dans les médias: «le discours traditionnel, conservateur, chrétien a été marginalisé; la pensée libérale progressiste est devenue un canon, et ces champions de la tolérance sont fondamentalement intolérants.»
Les médias d’opposition sont quant à eux privés de revenus publicitaires. Si les journalistes hongrois ne déplorent aucune menace physique à leur encontre, les conséquences de cette asphyxie économique sont souvent immédiates et irrémédiables. En 2016, le principal quotidien socialiste, Népszabadság («Liberté du peuple») a cessé de paraître du jour au lendemain. D’autres canaux, comme l’hebdomadaire Magyar Narancs, Klubrádió ou index.hu survivent comme ils peuvent. Il leur est difficile de trouver des partenaires commerciaux, des prestataires, et même des abonnés: les lecteurs du journal indépendant Magyar Hang («La voix hongroise», imprimé à Bratislava faute d’un imprimeur hongrois courageux) cherchent par exemple à s’assurer que le gouvernement ne sera pas informé de leurs lectures. Un climat général de méfiance s’est installé. Les autorités ont établi des listes de journalistes considérés comme «ennemis publics», filtrent les accréditations au Parlement, et envoient chaque jour une feuille de route à la télévision publique, parfois même des sujets clé en main, le plus souvent des faits divers impliquant des migrants.




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