Quand l’industrie préempte la science

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 7 mai 2021 · 3 min de lecture

Quand l’industrie préempte la science
Bill Gates est-il un «diabolus ex machina» désireux d'étendre son empire ou un «entrepreneur philanthrope» à l’idéal si pur qu’il ne viserait qu’à promouvoir la santé de l’humanité? - © DR

Les liens de la science avec l'industrie devra faire l'objet d'une bilan attentif lorsque la crise sanitaire se sera éloignée. De même, les liens entre l’industrie et la recherche universitaire publique mériteraient d’être plus transparents.

On commence enfin à entrapercevoir une petite lumière à la fin de l’interminable tunnel pandémique. Il était temps! J’ai pour ma part hâte de voir si et comment se fera le bilan sanitaire, économique et politique de cette crise. Comment on va peser et soupeser les effets de l’obsession épidémiologique sur la santé psychique des populations confinées; les conséquences du désastre subi par certains secteurs de l’économie et celles de l’endettement massif provoqué par les mesures de soutien étatiques; les effets de la mise en congé de la démocratie et des libertés pour cause d’état d’urgence sanitaire.

Il est aussi un domaine, que l’on a beaucoup entendu pendant cette crise, et qui devrait faire l’objet d’un bilan attentif: celui de la science et de ses liens avec l’industrie.

Pour l’instant cette critique est restée confinée aux cercles dits complotistes, antivax et autres sceptiques qui manifestent désormais régulièrement dans les villes d’Europe contre la «dictature sanitaire». Et pourtant ces liens mériteraient d’être sérieusement réexaminés car les intuitions des citoyens les plus critiques, à défaut de leurs conclusions, valent mieux que le mépris avec lequel on les a considérés.

Prenons le rôle de Bill Gates, décrit par les uns comme diabolus ex machina qui aurait suscité la crise pour mieux étendre son empire, et encensé par les autres comme un «entrepreneur et philanthrope» à l’idéal si pur qu’il ne viserait qu’à promouvoir la santé de l’humanité.

La vérité obligerait à dire qu’il est tout cela à la fois. Grâce à sa fondation qui finance par centaines de millions l’OMS et les recherches sur les vaccins (305 millions), il a pratiquement pris le contrôle de l’organisation, qui veille à ne pas le froisser depuis qu’il pèse bien plus lourd que la plupart des pays contributeurs. Et comme le «philanthrope» a investi massivement dans la pharma et les technologies de la santé, il s’y retrouve largement. Sa fortune n’a-t-elle pas augmenté d’une centaine de milliards pendant l’épidémie, selon Forbes? Que voilà de l’argent bien investi.

De même, les liens entre l’industrie et la recherche universitaire publique mériteraient d’être plus transparents. J’ai entendu sur une radio publique un chercheur éminent décliner avec componction ses liens d’intérêts, soulignant sa proximité avec une Fondation privée pour la «recherche scientifique». Louable effort! Mais le nom de cette fondation n’a pas été communiqué et encore moins le fait qu’elle était dotée par l’industrie pharmaceutique.

Sous couvert de partenariats publics-privés, de chaires académiques financées par la «philanthropie», de bourses, le tout contrôlé par des commissions d’éthique largement pourvues en représentants de la société civile (i.e. de l’industrie), la recherche a de fait été préemptée par le privé. Sans que le grand public le sache, les médias (eux aussi financés par la Fondation Gates et autres éditeurs privés) regardant prudemment ailleurs.

On connait les dangers du «greenwashing». Il serait temps d’identifier les risques de l’«academic washing».

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