Loi, foi et sentiments


Emma Thompson brille à nouveau dans «My Lady», en juge anglaise dépassée par la terrible ambiguïté des choses. Un drame adulte comme on n'en voit plus guère, d'après un roman du grand Ian McEwan
Il fut un temps où un solide drame, le plus souvent d’origine romanesque ou théâtrale, avait pleinement sa place sur grand écran. Pain béni des comédiens, le genre avait aussi de quoi séduire les meilleurs scénaristes et réalisateurs, du moins ceux plus portés sur les subtilités psychologiques que l’action à tout va. Et puis la chose, si courante durant l’âge classique du 7e art, s’est insensiblement raréfiée. D’où la surprise qui fait apparaître aujourd’hui My Lady (The Children Act) comme une réussite exceptionnelle?
De la part du réalisateur Richard Eyre (Iris, Chronique d’un scandale), 75 ans, perdu de vue depuis une bonne dizaine d’années, on n’attendait à vrai dire plus grand-chose. Avant tout homme de théâtre, cette figure du renouveau britannique des années 1980, promue ensuite directeur de National Theatre et ponte de la BBC, vaut surtout son pesant d’académisme. Seul le scénario signé Ian MacEwan, adaptant ici son roman de 2014, The Children Act (L’Intérêt de l’enfant), sonnait plus prometteur: l’auteur de The Cement Garden et Atonement n’a-t-il pas souvent bien inspiré les cinéastes, à commencer par Paul Schrader pour son vénéneux The Comfort of Strangers et… déjà Richard Eyre jadis pour son premier long-métrage The Ploughman’s Lunch (1983)?
Dynamitage discret
A l’arrivée, on n’est pas loin de penser que ce dernier, avec son style si british comme-il-faut, était exactement l’homme qu’il fallait. Explication: le roman de McEwan constitue justement un subtil démontage de cet ordre social à base de retenue, de flegme, de fair-play et d’humour pince-sans-rire dont les Britanniques sont si fiers. Parfois soupçonné de perversité, l’écrivain n’a en réalité pas son pareil pour créer le malaise. faire remonter à la surface les ambiguïtés les plus inavouables et miner les certitudes trop confortables. Or, si la mise-en-scène policée jusqu’à paraître terne de Richard Eyre ne saurait s’autoriser le moindre écart, elle met d’autant mieux en valeur cette qualité déstabilisatrice, observée sur des comédiens admirablement dirigés.



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