«Les enfants d’aujourd’hui auront plus tard de grandes difficultés à s’orienter dans la vie»

Par Antoine Thibaut · Publié le 26 novembre 2021 · 2 min de lecture

«Les enfants d’aujourd’hui auront plus tard de grandes difficultés à s’orienter dans la vie»
© Aaron Burden / Unsplash

C’est ce qu’affirme Rüdiger Maas, chercheur allemand en «sciences des générations» dans une interview à la «NZZ am Sonntag». Il estime notamment que les parents d’aujourd’hui, entre 30 et 40 ans, les fameux Millenials, ont tendance à chercher des réponses quant à leur comportement plus sur internet qu’en écoutant leur instinct et leur bon sens.

Ainsi, les parents savent de moins en moins dire non à leurs enfants. Ils les surprotègent. Dans leur souci de bien faire, ils leur proposent sans cesse des activités, ils apaisent leurs conflits, ils ne les laissent plus trouver par eux-mêmes ce qui les intéresse vraiment. 

«Cette génération de parents ne perçoit pas ses enfants comme des enfants, mais comme ses meilleurs amis. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, ce n’est pas le poussin qui court après le canard, mais le canard qui court après le poussin… Les pères et les mères d’aujourd’hui admirent souvent tellement leurs enfants qu’on assiste à une sorte d’inversion des rôles dans la relation parents-enfants. Nous avons une génération de parents qui sont les plus grands fans de leurs enfants… Beaucoup admettent qu’ils craignent les conflits avec leurs enfants et ne fixent plus de limites claires. Ils se perdent dans leur rôle et ne sont plus des sujets de délimitation.» Du coup, estime le chercheur, les jeunes adultes seront moins préparés à gérer les conflits. 

Autre réflexion intéressante: à force de photographier à tout bout de champ les enfants souriants, dans d’heureuses situations, leur mémoire se modèle selon ces milliers d’images plutôt qu’à travers des souvenirs vécus, avec des moments difficiles aussi. «On apprend à se comporter de manière à ce qu’il en sorte une photo.»

Rüger estime aussi que tous ces facteurs, de l’éducation à la numérisation, tend à favoriser le conformisme. «Les enfants s’attendent à ce que beaucoup de choses leur soient transmises. La motivation intrinsèque, c’est-à-dire la motivation venant de soi-même, va diminuer. Cela aura probablement aussi pour conséquence que le mainstream deviendra de plus en plus large, car plus personne ne voudra se distinguer des autres. Les systèmes d’évaluation et les influenceurs me dictent ce qui semble être bon. Cela signifie aussi que la force de se forger sa propre opinion et de s’exposer ainsi diminue.» Il relève par exemple qu’aucun jeune n’oserait aujourd’hui se rebeller contre les activistes du climat. «On veut se fondre dans la masse et on a une tolérance moindre à l’ambiguïté».

La conclusion est plutôt sombre: «Les enfants qui réussiront plus tard seront ceux qui grandiront en étant moins surprotégés. Mais ceux-ci seront de moins en moins nombreux.»

Que l’on soit d’accord ou pas avec lui, ce provocateur donne à s’interroger.


Lire l’article original.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Mieux parler… grâce à TikTok

SociétéArticleLibre

Mieux parler… grâce à TikTok

Maudit de toutes parts, la plateforme chinoise réserve pourtant d’agréables surprises. Plusieurs «influenceuses» tentent d’affiner notre langue, le français. D’éclairer l’origine et la subtilité de certains mots. C’est charmant et pas inutile.

Jacques Pilet

Au hit-parade des universités, la Chine bondit, la Suisse résiste

Sciences et technologiesArticle

Au hit-parade des universités, la Chine bondit, la Suisse résiste

Selon les trois grands classements mondiaux des universités, l’enseignement supérieur suisse tire encore son épingle du jeu. Ses deux écoles polytechniques figurent parmi les meilleures mondiales. En revanche, les universités généralistes affichent des résultats plus contrastés. Des écarts qui en disent long sur les choix auxquels l’enseignement supérieur helvétique est désormais confronté.

Guy Mettan

Pourquoi l’école est à la peine en Europe

SociétéArticle

Pourquoi l’école est à la peine en Europe

La baisse des performances scolaires en Europe et aux Etats-Unis, révélée par les enquêtes PISA, interroge les systèmes éducatifs. Entre réformes incessantes, mutation des approches pédagogiques et inclusion mal maîtrisée, les causes de ce déclin sont multiples. Pourtant, certains pays comme l’Estonie ou la Suisse semblent mieux résister. De quoi relancer le débat sur les choix éducatifs et leurs effets à long terme.

Guy Mettan