Leçons d’une panique mondiale

De quoi la pandémie de coronavirus est-elle le nom? Qu’a-t-elle révélé de nos sociétés? Ce que nous venons de vivre en effet est tout simplement sans précédent. Jamais, l’humanité n’a été confinée à pareille échelle. Et que dire de la prise de pouvoir des médecins? De l’imposition de l’état d’urgence? De la limitation des libertés? Il est plus que temps de réfléchir au sens de cet étrange moment de l’Histoire, mais en d’autres termes précisément que simplement sanitaires ou statistiques. C’est à quoi nous invite Bernard-Henri Lévy dans un petit ouvrage, paru il y a quelques jours, «Ce virus qui rend fou».
Disons-le d’emblée, cette centaine de pages rédigées dans l’urgence compte parmi ce que Bernard-Henri Lévy a écrit de meilleur – j’ai pratiquement tout lu de lui, façon pour moi déjà d’être indocile face à la meute de tous ceux qui pratiquent le Lévy «bashing». Je pense notamment aux Aventures de la liberté. Une histoire subjective des intellectuels (1991) et surtout au Siècle de Sartre (2000), l’un des ouvrages les plus pénétrants écrits sur l’auteur des Mots. Il y a aussi American Vertigo (2006), lu en anglais avant sa parution en France, ou encore, dans un tout autre registre, sorte de parenthèse introspective, Comédie (1997). A quoi on ajoutera tout ce que BHL a écrit, et c’est si rare aujourd’hui, à propos d’André Malraux. Lui qui répondit à l’appel de l’auteur de La Condition humaine en 1971 lors de la guerre d’indépendance de ce qui s’appelait encore le Pakistan Oriental. C’est d’ailleurs à Dacca, au Bangladesh, dans la perspective du cinquantenaire l’an prochain de ce terrible conflit, que Lévy se trouvait pour Paris Match quand les frontières ont commencé à se refermer.

BHL avec Sheikh Hasina, Première Ministre du Bangladesh, 2015 © Dhaka Tribune
Singulier contraste, écrit-il en substance, entre ce Bangladesh tant aimé, mais si pauvre, sur lequel semblent fondre toutes les calamités possibles, et le spectacle de cet emballement collectif qui a saisi toute la planète.«C’est l’épidémie, non seulement de Covid, mais de peur qui s’est abattue sur le monde. On a vu des tempéraments hardis, soudain paralysés. On a vu des intellectuels, qui avaient vu d’autres guerres, reprendre la rhétorique de l’ennemi invisible (…) On a vu Paris se vider, comme dans le Journal de l’Occupation d’Ernst Jünger.» Comme si soudain plus rien d’autre n’existait que la Covid19. Alors que le monde a pourtant connu, dans un passé récent, des pandémies infiniment plus meurtrières, la grippe de Hong Kong en 1968 avec son million de morts et, en 1957, la grippe asiatique qui en causa le double – à ce jour le coronavirus a tué dans le monde 430’000 personnes: en comparaison la grippe saisonnière fait chaque année entre 290’000 et 650’000 victimes. Reconnaissons-le, on est loin du compte.




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