La Suisse immunisée… contre les scandales

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 27 août 2020 · 2 min de lecture

La Suisse immunisée… contre les scandales
Des flics chinois opérant en Suisse sans statut légal mais au su du DFAE. C'est le nouveau scandale révélé par la NZZ am Sonntag. Mais le pays présente d'étranges symptômes: une immunité totale contre les scandales, qui ne l'ébranlent qu'à peine. - Ambassade de Chine à Berne. © Beat Eastermann

Quelle belle immunité! Les scandales se succèdent et ne rendent guère le pays malade. Quelques jours de fièvre à leur révélation, le mal ne fait pas grand bruit et se dissipe vite. L’analyse s’embourbe et l’on passe à autre chose. Au début de l’année, c’était l’affaire Crypto. Elle révélait la complaisance d’une entreprise proche de la Confédération envers les services secrets américains. Et voilà que la NZZ am Sonntag nous apprend cette information à peine croyable: les flics chinois opèrent depuis 2015 en Suisse sans statut légal. Pour espionner leurs concitoyens.

L’article-bombe de l’hebdomadaire dominical zurichois a certes été cité dans les médias. Sans plus. On apprend donc qu’un accord tenu secret a été conclu entre Berne et Pékin. Le Conseil fédéral souhaite le prolonger. Les agents chinois peuvent venir sans statut diplomatique officiel en Suisse et enquêter sur leurs ressortissants. Des requérants d’asile, des dissidents ou des suspects de l’être… Le Secrétariat d’Etat aux migrations était manifestement ravi de cette aide indirecte qui lui permettait d’expulser plus facilement les indésirables.

Cette concession invraisemblable à une dictature occupée à réprimer par tous les moyens certaines minorités et toutes les oppositions, Tibétains, Ouïgours et autres, est une provocation morale. Mais aussi juridique. D’autant plus que le texte de l’accord était et reste secret. Hors de tout contrôle parlementaire. Or qui était responsable au niveau politique de ces agissements, selon toute probabilité le Secrétariat d’Etat aux migrations, dirigé à l’époque et aujourd’hui encore par Mario Gattiker? Le Département de justice et police était dirigé en 2015 par Simonetta Sommaruga (PSD). Le Département des affaires étrangères par Didier Burkhalter (PLR). Ce qui explique certains silences.

Certaines voix se sont élevées contre l’accord, à gauche et chez les Verts, mais au-delà, c’est silence radio.

Le Parlement osera-t-il le prolonger? Pas sûr car depuis lors, l’image dictatoriale de la Chine est apparue de plus en plus clairement. Mais à droite, on est prêt à fermer les yeux sur cette réalité au nom des intérêts économiques. Vous avez vu beaucoup de tweets des stars de la politique fédérale? Nous pas.

Notre attitude, nos compromissions face à la super-puissance montante mériterait un vrai débat. Mais non. Quand il devient trop délicat, on le fuit. Et les scandales, on les met sous le tapis.

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