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La russophobie, comme l’antisémitisme, remonte à plus de mille ans

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 23 mai 2025 · 6 min de lecture

La russophobie, comme l’antisémitisme, remonte à plus de mille ans
En 1812, pour justifier son invasion, Napoléon se servit d'un faux document dans lequel Pierre le Grand, tsar fondateur de la Russie moderne, aurait enjoint ses successeurs de s’emparer de l’Europe. - © DR

La haine de la Russie ne date pas d’hier. Tout comme celle des juifs, elle possède des racines religieuses et daterait du schisme entre le catholicisme et l’orthodoxie. Toutes deux ont par ailleurs les mêmes conséquences catastrophiques pour les populations qui en sont victimes. Explications

Sommaire

Comme on pouvait s’y attendre, le 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie les 8 et 9 mai derniers fut l’occasion d’un déferlement de haine contre les Russes et la Russie. On a certes évité les insultes les plus grossières car il était difficile de cracher sur les 27 millions de morts que l’Union soviétique a sacrifiés pour sauver l’Europe du nazisme. Mais on a tout fait pour les minimiser, les mettre de côté et dénigrer la commémoration du 9 mai sur la Place Rouge en réécrivant l’histoire de manière à survaloriser le rôle des Alliés occidentaux au détriment des autres, Russie et Chine en particulier. Cette opération de culture de l’annulation et de révisionnisme historique est typique de la russophobie pathologique qui affecte les élites européennes.

On pourrait penser que ce comportement est dû à la guerre en Ukraine et à «l’agression russe». Mais ce n’est même pas vrai. Dans un livre publié en 2015 et traduit dans huit pays dont l’Italie*, j’ai montré que la haine de la Russie, comme celle des Juifs, avait des racines religieuses et qu’elle remontait au schisme entre la chrétienté catholique et la chrétienté orthodoxe qui avait commencé aux 9e et 10e siècles avant d’éclater en 1054. C’est à partir de là, et avec cet accélérateur de haine que furent les Croisades, que l’Occident, qui avait voulu rebâtir un empire romain-germanique contre l’empire romain d’Orient en favorisant la séparation avec les autres patriarches chrétiens, a débuté sa détestation de l’Orient, qu’il soit chrétien orthodoxe ou musulman.

Des thèmes de propagande récurrents à travers les siècles

Après la chute de Constantinople en 1453, cette haine anti-orthodoxe s’est reportée sur la Russie, qui s’était posée en héritière de Byzance. On retrouve sous la plume des théologiens et propagandistes romains les trois mêmes thèmes qu’aujourd’hui: la Russie serait 1) un pays de barbares infrahumains, 2) dirigés par des tyrans sanguinaires assoiffés de sang, 3) qui se seraient donnés pour mission d’envahir l’Europe et de subjuguer ses innocents habitants.

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