Réservé aux abonnés

La fondue comme refuge, des tartines venues d’ailleurs et la fin du monde

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 8 septembre 2020 · 3 min de lecture

La fondue comme refuge, des tartines venues d’ailleurs et la fin du monde
© DR

Faut-il porter un masque ou manifester avec les coronasceptiques? Face aux angoissantes interrogations de l’époque il reste une assurance: la fondue ne présente aucun risque sanitaire. Par contre, le pain qu’on y trempe n’est pas toujours suisse, comme le beurre vendu à la Migros, et ça pose bizarrement la question du territoire. Quant aux aspects déplaisants du monde, il vaut mieux s’en occuper soi-même.

Il y a les coronasceptiques, les eurosceptiques, les climatosceptiques, ceux qui pensent que les réseaux sont sociaux, ceux qui voient des complotistes à tous les coins de rue, ceux qui disent partout qu’on ne peut plus rien dire nulle part, ceux qui fétichisent l’histoire, ceux qui s’en racontent… La variété des opinions, des croyances et des superstition est grande  − alors que les comportements, eux, sont de plus en plus uniformes, mais c’est un autre sujet. Heureusement, il reste des valeurs sûres. La fondue par exemple. «Cette pratique de groupe est-elle à risque en ces temps troublés par la propagation du coronavirus? Non, répondent les spécialistes», affirme Le Matin Dimanche. Même «le célèbre Didier Pittet, médecin-chef du service de prévention et contrôle de l’infection des Hôpitaux universitaires de Genève, s’était montré on ne peut plus clair récemment sur cette question», précise le journal, citant le médecin: «Un risque lié à la fondue? Certainement pas.» En ces temps de perte de repères, les angoissées et les angoissés apprécieront qu’un îlot de certitude persiste, même s’il se trouve au milieu d’un caquelon de fromage tiède.     

***

A peine cette bonne nouvelle donnée, le même Matin Dimanche révèle que le pain que l’on trempe dans la fondue n’est pas toujours suisse. «Le problème vient essentiellement des stations-service. Le pain est vendu comme un produit suisse alors qu’il est juste réchauffé. Je prends toujours l’exemple des croissants qui sont fabriqués en Pologne et arrivent chez nous après avoir parcouru des centaines de kilomètres en camion frigorifique», confie un artisan boulanger au journal dominical. Ce qui donne l’occasion au porte-parole de la Migros d’affirmer que chez le grand distributeur «la majeure partie de notre pain frais est produite directement en filiale». Sauf que le beurre que vous allez étendre sur ce pain et que propose le géant orange n’est, lui, pas toujours produit avec du lait helvète. Mais alors, que sont censés protéger les avions de combat que l’armée veut acheter pour six milliards de francs? Des tartines même pas suisses?

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Simon-Pierre a de fortes envies de sucre

CultureArticle

Simon-Pierre a de fortes envies de sucre

Les tragi-comiques péripéties de la famille Schinken Pochon ///// Pour lui, la vie n’est pas tous les jours facile. Il a l’impression que la gauche et les wokes font tout pour la lui gâcher, notamment en s’attaquant à une politicienne qu’il admire et au sucre. Heureusement que Rambo, avec tous ses muscles, habite parfois certains de ses rêves éroticos-romantiques. Et lui, va-t-il accepter d’aller faire de la musculation avec son père en phase de revirilisation?

Patrick Morier-Genoud

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

CultureArticleLibre

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui, la dernière étape: Develier - Le Sommet - Les Ordons - Col des Rangiers - La Caquerelle - Outremont - Saint-Ursanne - Séleute - Les Chainions - Porrentruy - Le Grand Fahy - Mormont - Courtemaiche - Buix - Boncourt.

Guy Mettan

Nous sommes ce que nous mangeons

ÉconomieArticle

Nous sommes ce que nous mangeons

Quand une marée de frites surgelées s’échoue sur une plage, on pense immanquablement à l’alimentation industrielle, et ce n’est pas gai. Pas gai non plus le constat que le religieux a de beaux jours devant lui comme outil de domination et de manipulation. Tout ça tandis que, en Mongolie, un cochon mène un troupeau de moutons, ce qui pourrait être le titre d’une fable.

Patrick Morier-Genoud

L’histoire des épidémies reste entourée de mystères et de fantasmes

SantéArticle

L’histoire des épidémies reste entourée de mystères et de fantasmes

Les virus n’ont pas attendu la modernité pour bouleverser les sociétés humaines. Dans un livre récent, les professeurs Didier Raoult et Michel Drancourt démontrent comment la paléomicrobiologie éclaire d’un jour nouveau l’histoire des grandes épidémies. De la peste à la grippe, du coronavirus à la lèpre, leurs recherches révèlent combien notre rapport aux maladies infectieuses reste traversé de mythes, d’incertitudes… et de leçons oubliées.

Martin Bernard