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La fausse bonne idée

Yves Genier

Par Yves Genier · Publié le 5 avril 2018 · 3 min de lecture

La fausse bonne idée
Si l'initiative Monnaie Pleine était appliquée, la BNS concentrerait l'essentiel des prérogatives. Elle aurait non seulement le monopole absolu de la création de monnaie, mais garderait, en plus, celui du loyer de l'argent. - © Tony Badwy / Wikimedia Commons

Elle semble attirante, l'idée de conférer à la BNS l'exclusivité de créer de la monnaie. Et pourtant, elle concentrerait l'octroi des crédits entre quelques mains. Au détriment de la souplesse du système actuel.

Sommaire

Comme il arrive souvent avec les initiatives populaires, Monnaie Pleine pose une bonne question et apporte une mauvaise réponse. La bonne question, c’est comment empêcher les banques de prendre des risques excessifs en accordant des crédits à l’excès, au point de provoquer une crise financière se concluant par une récession destructrice d’emplois. La mauvaise réponse, c’est de conférer à la Banque nationale le monopole absolu de la création de monnaie, et donc de l’octroi du crédit.

Parce que c’est cela que propose l’initiative: concentrer entre peu de mains la capacité de prêter de l’argent, en l’occurrence à la Banque nationale. Dans le système actuel, cette prérogative est partagée entre la BNS d’une part, qui crée de la monnaie et détermine le loyer de l’argent par la fixation des taux d’intérêt à court terme, et les quelque 230 banques commerciales actives en Suisse d’autre part, qui créent elles aussi de la monnaie lorsqu’elles octroient des prêts à leurs clients et fixent le loyer de l’argent applicable à chacun d’entre eux en fonction d’une foultitude de critères, à commencer par les conditions dictées par la BNS.

Le cuisant souvenir de la fin du franc fort

En clair, la banque centrale détermine les conditions générales: quand elle estime que l’économie peut progresser, elle maintient ses taux d’intérêt bas pour stimuler le crédit, et donc, les investissements, et les banques commerciales suivent. Et lorsque l’économie menace de surchauffe et que les banques prêtent trop, la BNS renchérit le loyer de l’argent pour ralentir la machine et les banques commerciales s’adaptent. Dans l’ensemble, ce système, basé sur le partage des responsabilités, ne marche pas trop mal si l’on en juge au fait que la Suisse est l’un des pays les plus riches du monde.

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