L’Israélien tiraillé qui divise


Resté sans distributeur en Suisse, «Synonymes» de Nadav Lapid, récent Ours d'Or au Festival de Berlin, sera finalement visible dans une poignée de salles indépendantes en importation directe. S'il faut s'en réjouir, le film lui-même, inconfortable et incohérent, n'est pas de nature à faire l'unanimité.
C’est le film dont le tout-Paris glose depuis quelques semaines, encensé par les Cahiers du cinéma et le dernier carré de la critique (Le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, Télérama)… à quelques exceptions près que nous sommes au regret de devoir rejoindre. Pourquoi à regret? D’abord parce que les deux premiers longs-métrages de Nadav Lapid, Le Policier (Ha-shoter, 2011) et L’Institutrice (Haganenet, 2014) nous avaient impressionné, annonçant un cinéaste aussi original que doué. Ensuite parce que ce troisième opus qui a coiffé au poteau l’admirable Grâce à Dieu de François Ozon à la dernière Berlinale se devait d’être un chef-d’oeuvre. Au lieu de quoi on a découvert un film certes très personnel, mais plus poseur que vraiment radical, plus confus que complexe, plus vaseux que profond. Bref, un de ces objets arty chic et choc dont seule une certaine intelligentsia peut se gargariser.
Synonymes dresse le (l’auto-?) portrait d’un jeune aspirant artiste israélien très remonté contre son pays, qui débarque en France bien déterminé à en faire sa patrie d’adoption. Sauf que ce n’est pas si simple, qu’à la galère de la survie s’ajoute une langue qui se refuse à lui et que la personnalité de Yoav ne cadre pas si aisément avec son nouvel environnement. En principe, Nadav Lapid sait de quoi il parle: il l’a vécu une quinzaine d’années plus tôt, choisissant pour finir de rentrer au pays. En bon cinéaste-poète, au récit linéaire de sa propre expérience, il préfère un film déconstruit où s’entrechoquent librement impressions et inventions, scènes réalistes et plus symboliques, pour mieux dire son trouble identitaire d’alors.
Portrait de l’artiste en jeune francophile
Jusque-là, rien à redire. Sauf que cela se gâte très rapidement, avec un point de bascule immédiatement identifiable. La séquence d’ouverture, qui voit Yoav débarquer à Paris dans un grand appartement vide et s’y retrouver nu comme un ver après une douche, ses vêtements (en)volés, est superbe: rarement avait-on aussi bien signifié le sentiment de vulnérabilité du nouvel arrivant dans un lieu étranger. Par contre, dès qu’un jeune couple de voisins français le découvre dans sa baignoire, un problème s’insinue, qui ne fera ensuite que s’accentuer: que ce soit délibérément ou par réelle incapacité, jamais le cinéaste n’investit vraiment le regard d’autrui sur son personnage, préférant rester entre lui et lui (son acteur, son alter ego).



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