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«L’argent n’est pas le nerf de la guerre»

Boas Erez

Par Boas Erez · Publié le 26 juillet 2024 · 7 min de lecture

«L’argent n’est pas le nerf de la guerre»
"L'apothéose de la guerre", Vasily Vereshchagin, 1871.

Ces derniers mois la conseillère fédérale Amherd a tenté à trois reprises d'étoffer les finances de l’armée à hauteur de 15, 18, puis 10 milliards de francs. A quoi bon? Contre l’opinion commune, il y a 500 ans déjà, Machiavel avait affirmé que l’argent n’est pas le nerf de la guerre. Non pas pour provoquer, mais pour souligner comment les pauvres gens se faisaient plumer par le biais d’une organisation de l’Etat qui servait l’intérêt des plus riches. Prenons-en de la graine.

Sommaire

L’œuvre de Nicolas Machiavel est bien plus riche et complexe que pourrait laisser entendre l’attribut machiavélique, qui est utilisé pour décrire une façon de faire de la politique ayant pour objectif de prendre et de conserver le pouvoir par tous les moyens. Machiavel a servi la République de Florence pendant 14 ans comme chef de la haute administration responsable des affaires territoriales, et secrétaire du bureau en charge de la sécurité intérieure et de la défense. C’était pendant la période où Florence, de 1494 à 1512, a vécu une parenthèse démocratique dans la domination des Médicis. Comme le souligne le chercheur Jérémie Barthas, Machiavel a affirmé «sans ambages la nécessité de protéger la majorité contre la minorité des riches et de contenir « l’appétit » de domination des « grands »» (voir par exemple son article disponible en ligne «Le riche désarmé est la récompense du soldat pauvre»).

Machiavel a compris comment le système militaire basé sur le mercenariat permettait aux élites financières de maintenir leur hégémonie politique et économique grâce aux rapports de force instaurés par une gestion particulière de la dette publique. Il a par conséquent promu le concept de «peuple en armes» pour renverser le système en place, et créer les conditions de l’autonomie de la République à l’égard du pouvoir d’un petit nombre de créanciers privés.

Utiliser la dette publique pour prendre aux pauvres et donner aux riches

La remise en question du lieu commun «l’argent est le nerf de la guerre» était pour Machiavel la manière de frapper le système au cœur. Celui-ci avait été identifié par les régents d’avant 1494 avec le Monte, le bureau des finances qui gérait la montagne de titres de la dette publique. Très approximativement le système fonctionnait comme suit: pour satisfaire ses besoins les plus fondamentaux et les plus urgents, Florence avait été mise dans une condition de dépendance vis-à-vis de citoyens particulièrement fortunés, qui avançaient à l’Etat de grosses sommes, tout en sachant qu’elles leur seraient remboursées avec d’importants intérêts (de l’ordre de 14%). Le reste de la population était aussi mis à contribution avec un impôt; celui-ci n’était évidemment pas remboursé, mais servait entre autres à rembourser les dettes des riches créanciers. Ce système nullement nécessaire, et qui reposait notamment sur l’embauche de mercenaires, permettait aux riches de «mettre à sac» – le terme est de Machiavel – la population désarmée.

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