Jacques Tourneur, à jamais secret


Jacques Tourneur n'a pas volé sa place au panthéon. - © DR
Dans la foulée d'une magnifique rétrospective au 70e Festival de Locarno, la Cinémathèque suisse et les Cinémas du Grütli à Genève proposent à leur tour de redécouvrir ce Français de Hollywood, un auteur aussi attachant qu'insaisissable.
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Tiendra le coup, tiendra pas? C’est un peu ce qu’on se demandait devant à la possibilité de vérifier enfin par soi-même la réputation de Jacques Tourneur (1904-1977), cinéaste pour cinéphiles par excellence, hollywoodien de la période classique (1935-1965) longtemps ignoré puis porté aux nues par une poignée d’exaltés. Verdict, au terme d’une œuvre riche des 33 longs-métrages (sans oublier des dizaines de courts et d’épisodes TV de fin de carrière): Tourneur n’a pas volé sa place au panthéon. Mais sa grandeur restera à jamais plus secrète que celle de ses contemporains. D’où l’intérêt d’une telle rétrospective qui nous sortait des découvertes isolées, parfois emballantes parfois décevantes, auxquelles nous a condamné l’éparpillement et la rareté de son œuvre.
De Tourneur fils (de Maurice, grand cinéaste du muet lui-même passé par Hollywood), on retient d’habitude le maître d’un fantastique de suggestion, un «prince de la série B», ou encore l’auteur de quelques films noirs et d’aventure étincelants. Comme on pouvait s’y attendre, l’ensemble est bien plus varié et complexe, avec juste quatre films relevant de son genre de prédilection et pas plus d’une dizaine au budget franchement ric-rac. Et s’il n’y aura pas eu de révélations à proprement parler, cette rétrospective a au moins permis de réévaluer quelques perles méconnues et de mieux cerner l’art tourneurien en dévoilant l’arc d’une carrière lente à se dessiner comme à s’éteindre à l’autre bout. Alors que la Cinémathèque misera sur une dizaine de chefs-d’œuvre bien établis, la reprise au Grütli, riche du double de titres, en offrira un reflet plus fidèle (quoique la plupart en version numérique, au contraire de Locarno).
L’apprentissage du génie
Jacques Tourneur, on l’a découvert au travers d’une interview filmée à la fin de sa vie, c’est d’abord une personnalité en retrait. Un homme tout en rondeurs, tiraillé entre rêverie et sens pratique, qui s’est imposé à Hollywood en artisan discret. D’abord assistant puis monteur pour son père, il a encore traversé une triple période d’apprentissage durant les années 1930: en signant d’abord une poignée d’aimables comédies en France (dont le délicieux Toto, sorte de René Clair plus grivois), puis, reparti à zéro en Amérique, une vingtaine de courts-métrages MGM (des modèles d’économie narrative où affleurent son style et ses thèmes à venir) suivie de quatre pures série B (efficaces mais anecdotiques).



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