Réservé aux abonnés

«Il y a quelque chose de revendicatif dans ma Bécassine!»

Norbert Creutz

Par Norbert Creutz · Publié le 19 juin 2018 · 9 min de lecture

«Il y a quelque chose de revendicatif dans ma Bécassine!»
Bruno Podalydès: «Quand on porte une BD à l'écran, il faut la prolonger, pas seulement chercher à en traduire les images comme on suivrait un storyboard.» - © PRAESENS FILM

Bruno Podalydès réhabilite la première véritable héroïne de la bande dessinée dans un film d'autant plus délicieux qu'il parait d'une totale inactualité. De ce personnage souvent considéré comme dépassé il a tiré une étonnante comédie familiale dont le charme le dispute à la finesse.

Il fallait oser! Qui aurait parié un centime sur une nouvelle adaptation de Bécassine, la bande dessinée de nos (arrière)-grand-mères? Créée en 1905 dans le magazine «La Semaine de Suzette» pour ne disparaître que soixante ans plus tard, la brave domestique bretonne du dessinateur Joseph-Porphyre Pinchon, aussi maladroite que gentiment naïve, a beau être devenue une figure du patrimoine collectif français, on la pensait définitivement ringardisée. C’était compter sans un certain Bruno Podalydès, valeur sûre de la comédie d’auteur française (Dieu seul me voit, Adieu Berthe, Comme un avion) qui avait déjà réussi sa reprise du Rouletabille de Gaston Leroux (Le Mystère de la chambre jaune, Le Parfum de la femme en noir) – un contemporain de Bécassine. Grand amateur de BD au même titre que son parrain en 7e art, feu Alain Resnais, le frère aîné du comédien Denis Podalydès aime à l’évidence les classiques de la littérature populaire. S’il semble aussi préférer la France profonde, c’est avec autant d’ironie que de nostalgie, ce qui évitera toujours à son cinéma le fond rance d’un Jean Becker. Mais de là à jeter son dévolu sur la figure controversée de Bécassine, il y avait un mystère qui demandait éclaircissement, d’où l’envie de cette rencontre, qui s’est déroulée dans un multiplexe anonyme, en pleine tournée promotionnelle.

Vous revenez ces jours avec le «reboot» d’une «franchise», comme disent les Américains. Auriez-vous retourné votre veste?

Ha ha! Ce n’est pas tout faux, dans la mesure où la proposition est venue de ma productrice, Clémentine Dabadie. Elle m’a même soumis un scénario déjà écrit, mais qui ne correspondait pas à mon idées du personnage. J’ai donc accepté à condition de pouvoir reprendre à zéro. Je me suis replongé dans les albums puis j’ai tout refermé et j’ai écrit mon propre scénario en une semaine à partir de mes souvenirs. J’ai respecté la bonté et la gentillesse foncière du personnage tout en cherchant ce qui pourrait bien faire le sel de son petit univers pour des yeux d’aujourd’hui.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Echange de lettres avec Brigitte Bardot

CultureArticle

Echange de lettres avec Brigitte Bardot

A l’été 2009, la star disparue fin décembre répondait par écrit à une invitation du festival de philosophie que j’organisais à Saint-Maurice sur le thème de l’homme et l’animal. Ces courriers manuscrits, publiés pour la première fois, révèlent la cohérence intime d’un choix de vie radical et souvent incompris, ainsi qu’un geste de profonde humanité.

Guy Mettan

Orson Welles, grandeur et démesure d’un créateur libre

CultureArticle

Orson Welles, grandeur et démesure d’un créateur libre

Que l’on soit cinéphile ou pas, il faut lire «Orson Welles - Vérités et mensonges» d’Anca Visdei. Il en surgit un personnage unique tant il a accumulé de talents: metteur en scène, scénariste, comédien, virtuose à la radio et à la télévision, et chroniqueur politique engagé pour la démocratie. Sa puissance dans le succès comme dans l’échec, ses incessants rebonds, son obstination jusqu’au dernier souffle sont une leçon de vie.

Jacques Pilet

A Iquitos avec Claudia Cardinale

CultureArticle

A Iquitos avec Claudia Cardinale

On peut l’admirer dans «Il était une fois dans l’Ouest». On peut la trouver sublime dans le «Guépard». Mais pour moi Claudia Cardinale, décédée le 23 septembre, restera toujours attachée à la ville péruvienne où j’ai assisté, par hasard et assis près d’elle, à la présentation du film «Fitzcarraldo».

Guy Mettan

Quand notre culture revendique le «populaire de qualité»

CultureArticle

Quand notre culture revendique le «populaire de qualité»

Du club FipFop aux mémorables albums à vignettes des firmes chocolatières NPCK, ou à ceux des éditions Silva, en passant par les pages culturelles des hebdos de la grande distribution, une forme de culture assez typiquement suisse a marqué la deuxième décennie du XXe siècle et jusque dans la relance du festival de Locarno... Et maintenant, entre clics et «likes»?

Jean-Louis Kuffer