Tchéquie: le jour d’après

Au lendemain des élections législatives, la journalise praguoise Alena Gebertová s'est réveillée dans une Tchéquie qui n'est plus vraiment la sienne. Son analyse suivie d'un portrait du «Trump tchèque» par François Pilet.
Ce dimanche, je me réveille dans une Tchéquie qui n’est plus la même que la veille, dans un pays qui désormais ne me paraît pas être tout à fait le mien. Tant de sentiments se mêlent à l’annonce des résultats des élections législatives: elles signent la victoire écrasante du mouvement ANO et de son leader, le milliardaire et homme d’affaires Andrej Babis, ainsi que la montée des populistes plus à droite encore. Elles marquent l’échec de l’ensemble des partis démocratiques traditionnels. Déçue, triste et fâchée, je ne tarde pas à partager mes émotions avec des amis, histoire de se consoler mutuellement, de s’assurer que nous sommes encore sur la même longueur d’ondes. Histoire de se poser des questions – pourquoi ces choix? – sans vraiment trouver de réponses.
Comment se fait-t-il que six ans après la disparition de Václav Havel, président respecté et dissident courageux de l’ancien régime, les Tchèques votent pour un oligarque qui fait l’objet d’une procédure judiciaire et qui est soupçonné d’avoir été sous le communisme informateur de la police d’Etat? Veulent-ils plus que tout un leader autoritaire face à un monde qui leur paraît incertain voire chaotique? Ah! oui, Andrej Babis sait séduire ceux qui se prêtent au jeu et qui lui pardonnent jusqu’à ses éventuelles fautes de prononciation dues à ses origines slovaques: tantôt déterminé tantôt nonchalant et souriant, il maîtrise à perfection la façon de communiquer avec son auditoire… Et il n’est pas seul à triompher: comment comprendre la montée et un important succès électoral du populiste xénophobe Tomio Okamura qui concentre son discours sur la lutte contre l’islam et les «parasites», au moment où la Tchéquie n’a à ce jour accueilli qu’une douzaine de migrants? Et comment entendre la haine anti-européenne du parti de droite ODS, entraîné par le fils de l’ex-président Vaclav Klaus, son homonyme Vaclav Klaus qui réclame à grands cris le «Czechexit», la sortie totale de l’Union européenne?
Loin est la Révolution de velours
Plus qu’une évidence, l’appartenance à l’Union constitue pour toute une génération de Tchèques, dont je fais partie, un rêve accompli. Compte tenu de la composition de la future Chambre des députés et de l’orientation anti-système d’une grande partie de ses nouvelles forces, cette certitude ne risque-t-elle pas d’être sérieusement ébranlée? L’orientation internationale du pays ne va-t-elle pas changer de cap? Telle est une autre grande inquiétude qui m’habite, d’autant plus que le climat prédominant au sein de la société tchèque est loin d’être clairement proeuropéen. Bien que celle-là profite largement de cette appartenance: subventions, débouchés industriels assurés, liberté de circulation, etc…




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