Colonialisme danois

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 16 janvier 2026 · 11 min de lecture

Colonialisme danois
En 2025, la première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, a présenté des excuses officielles aux milliers de Groenlandaises victimes d’une campagne de contraception forcée durant trente ans. © Depositphotos

Les Européens s’agitent, effarés, devant la menace d’annexion du Groenland par les USA. Mais qu’en pensent les habitants de cette île, la plus grande du monde, plus proche de l’Amérique que de l’Europe? Ils ne portent pas le Danemark dans leur cœur. Et pour cause. Ils n’ont pas oublié les horreurs de ce colonialisme, peu rappelées dans les commentaires sur le suspense géopolitique actuel.

Dans les années 1960-1970, des milliers de filles et de femmes inuites se sont vu poser des stérilets (IUD) sans consentement, parfois dès l’âge de 12 ans, dans le cadre d’une campagne visant à réduire la natalité au Groenland. Beaucoup ont souffert de douleurs, d’infections, de saignements et, parfois, d’infertilité, ce que des responsables groenlandais qualifient aujourd’hui de grave violation des droits humains. Il y eut aussi des rapts d’enfants expédiés au Danemark, des déplacements de population des villages vers la ville. La langue groenlandaise était marginalisée, exclue des écoles publiques. Ce n’est que l’an passé que le gouvernement danois a présenté des excuses, après les démarches de 163 femme inuites, entamées dès 2023, avec l’exigence d’indemnisations, non accordées encore aux fillettes malmenées, aujourd’hui adultes. 

Cela dit, tout indique que les 56 000 Groenlandais, s’ils n’obtiennent pas l’indépendance dont ils rêvent depuis longtemps, préfèrent rester danois plutôt qu’américains. Car ils ont droit aux prestations sociales du pays nordique. Fort pauvres, qu’adviendrait-il d’eux sous le régime des USA? Ces pêcheurs inuits ont de quoi trembler, la pêche restant leur principale activité, car l’extraction minière reste marginale. 

Mais ces malheureux savent que leur sort ne joue aucun rôle dans la décision à venir. La joute politique et stratégique n’en a que faire. Pas plus que le droit international — on ne prononce plus le mot: il met hors de lui l’énergumène de Washington.

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