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Sabine Gisiger: «C’est un film qui parle de nos représentations mentales»

Norbert Creutz

Par Norbert Creutz · Publié le 9 juin 2018 · 8 min de lecture

Sabine Gisiger: «C’est un film qui parle de nos représentations mentales»
«Bienvenue en Suisse» («Willkommen in der Schweiz»): une nouvelle contribution suisse signée Sabine Gisiger. - © FILMCOOPI

La crise migratoire s'invite à nouveau sur nos écrans dans «Bienvenue en Suisse» de Sabine Gisiger. Sauf que cette fois, il s'agit surtout de nous-mêmes, Helvètes plus ou moins inquiets, à travers l'histoire édifiante de la commune «rebelle» d'Oberwil-Lieli en Argovie.

Sommaire

Les réfugiés sont déjà de retour! Après le bien balancé Eldorado de Markus Imhoof et la magnifique fiction Fortuna de Germinal Roaux, sans oublier le Human Flow d’Ai Weiwei, voici déjà une nouvelle contribution suisse signée Sabine Gisiger: Bienvenue en Suisse, ou plutôt Willkommen in der Schweiz, histoire de ne pas confondre avec une fameuse comédie de 2004 signée Léa Fazer. Stop, n’en jetez plus? En fait, le sujet-phare de l’heure permet les approches les plus diverses et la Zurichoise le prouve encore une fois. Plutôt que de tourner ses caméras vers les migrants, elle s’est intéressée à nous, citoyens suisses plus ou moins inquiets, ouverts ou fermés, comme l’a rappelé en 2014 l’acceptation de l’initiative populaire de l’UDC «Contre l’immigration de masse». Un an plus tard, elle commence à suivre l’affaire très médiatisée de la commune argovienne d’Oberwil-Lieli, qui préfère payer une amende de 290’000 francs plutôt que d’avoir à accueillir dix réfugiés sur son territoire. Un véritable laboratoire pour tout le pays, que cette cinéaste chevronnée (Gambit, Guru, Yalom’s Cure) s’est efforcée de restituer avec une neutralité toute helvétique, non sans une pointe d’ironie. Rencontre avec une quinquagénaire combative, qui se doute bien que son film sera particulièrement difficile à vendre en Suisse romande…

Quand et comment avez-vous décidé de vous lancer dans un film sur cette crise migratoire qui déchire la Suisse et l’Europe?

C’était en 2015, quand on a tous été bouleversés par ces images de barques de fortune en Méditerranée et de colonnes humaines à travers les Balkans. Sortant d’un film sur Friedrich Dürrenmatt, je me suis alors dit que sa prédiction d’un point de rupture provoqué par la séparation entre riches et pauvres dans le monde était en train de se réaliser. Comme tant d’autres, j’ai d’abord essayé d’y répondre en participant à des collectes de dons. Puis une amie, la productrice Karin Koch de Dschoint Ventschr, m’a rappelé que je ferais peut-être mieux d’utiliser ce que je sais faire: un documentaire. J’ai alors décidé de repousser un autre projet et je me suis intéressée au cas d’Oberwil-Lieli près de Zurich. Une commune avec l’un des pourcentages de millionnaires les plus élevés du pays et que son maire Andreas Glarner, un UDC encore inconnu sur la scène nationale, voulait ériger en exemple de résistance contre la politique d’asile suisse. Il a même fait démolir un bâtiment laissé vide pour ne pas avoir à y placer les réfugiés assignés par les autorités cantonales! Que 30% de mes concitoyens partagent cette façon de penser m’a fait terriblement honte et j’ai décidé d’aller voir ça de plus près.

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