Dans son roman «L'obscur» paru aux Editions Hélice Hélas, l’enseignant et écrivain vaudois Philippe Testa, lauréat du prix du Roman des Romands en 2009, campe un univers légèrement futuriste qui caricature certains travers de notre société comme la sur-hiérarchisation, la cruauté du monde de l'entreprise, l'insipidité des divertissements de masse et l'absence de solidarité au niveau de l'Etat comme entre individus. Outre une critique de l’individualisation forcenée, ce roman soulève des questions intéressantes par rapport à la robotisation: Jusqu’où le confort contribue-t-il à notre bien-être? Que gagne-t-on à éviter l’effort physique?
Dans ce monde où des adjuvants compensent la fadeur des aliments, les sensations sont virtuelles, au même titre que la plupart des relations sociales. Anesthésiés de médicaments, rivés à leurs écrans par un travail qui les contraint à l’immobilité, les gens alignent les jours sans rien éprouver. Pour les sortir de cette apathie, des stimulateurs suscitent des «séquences d’émotions-types» à télécharger, comme autant de «paravents au vide». Grâce à ce succédané, «on croit vivre des émotions inoubliables, on croit vivre tout court». Et on touche là à l’un des grands questionnements de l’auteur qui se demande si la vie se résume à cette «sorte d’absence éveillée au milieu de personnes qui semblent n’être que les copies conformes d’un modèle disparu».
Le style, s’il irrite de prime abord par le foisonnement d’anglicismes et d’apocopes, se justifie toutefois par le fait qu’il appuie le caractère anticipatoire du récit. Alors que beaucoup de termes sont anglicisés, Philippe Testa choisit l’allemand Unterhaltung Indus pour désigner l’industrie du divertissement, sans doute à cause du préfixe Unter qui suggère un nivellement par le bas. «Les gens se convainquent de la qualité des déjections dont ils sont gavés.»
Le mal-être du narrateur
Le narrateur occupe un poste minable dans une entreprise dont on ignore ce qu’elle produit. Il y côtoie des gens «éduqués à désirer la servitude, formatés à accepter les rivalités entretenues entre eux». Lors des stages de sociabilisation, il prend conscience d’une sorte de décalage, même s’il devine que d’autres «ont aussi quelques difficultés à vivre passionnément une vie climatisée». Il se trouve notamment assez seul à penser que les réseaux «nourrissent l’ego, pas le cerveau».






Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.