La cigarette et le néant

Se présenter en France avec un recueil d'aphorismes, quand on est étranger, est une forme de provocation. Surtout si, comme Horace Engdahl, on est Suédois, pays dont on attend plutôt des romans policiers et des épopées provinciales.
Ne reculant devant rien, Horace Engdahl, persuadé que le plaisir d’écrire des fragments le dispute presque à celui de ne pas les justifier, s’installe au Café Existence à la table de Montaigne, Chamfort, Cioran et Perros avec une aisance qui force l’admiration. Il est vrai qu’avoir traduit Blanchot en suédois et être secrétaire perpétuel d’une célèbre académie, l’Académie Nobel en l’occurrence peu réputée pour son anti-conformisme, lui donne une certaine aisance, celle d’un homme qui n’a plus rien à prouver et qui peut se laisser aller aux digressions les plus inattendues. Le Café Existence, où l’on fume des cigarettes en dissertant sur le Néant, a pour vocation de recueillir les confidences de ces trop rares écrivains qui préfèrent le chuchotement à l’éloquence, conscients que la plénitude du mot s’abîme dès qu’on hausse le ton.




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