Les États-Unis, du peuple élu à l’empire contesté


L’auteur d’un livre à paraitre prochainement sur la destinée manifeste des États-Unis (Olivier Rouot, La destinée manifeste) m’a aimablement demandé d’en faire la préface, dont je vous livre ici l’essentiel. À l’occasion des élections de mi-mandat du 3 novembre, qui changeront la trajectoire de Donald Trump mais pas celle des États-Unis, le moment m’a semblé propice de faire le point sur le destin de la puissance américaine.
Sommaire
La prodigieuse destinée des États-Unis fascine avec raison tant ce pays peut se flatter d’avoir réussi à façonner la planète à son image. Il convenait donc d’en faire le récit sans se laisser envoûter par son sujet, en montrant sa face cachée et ses crimes parfois monstrueux, tel le génocide des populations indiennes aux XVIIIe et XIXe siècles. Il faut rendre grâce à l’auteur de l’avoir fait en s’appuyant sur des faits, en partant des premiers – les aspirations messianiques des Pères pèlerins de 1620 – jusqu’aux derniers – les visions hallucinées des gourous de la Silicon Valley, les Peter Thiel, Curtis Yarvin, Nick Land et autres J.D. Vance.
Pour ma part, j’ai retenu trois épisodes qui me semblent avoir joué un rôle crucial dans le déroulement de cette destinée manifeste et qui continuent à déployer leurs effets jusqu’à aujourd’hui. Je veux parler de la doctrine Monroe, de la théorie de la puissance élaborée par l’amiral Alfred Mahan et de la promotion de l’universalisme libéral incarnée par le wilsonisme.
Monroe, de l’Amérique aux Américains à la « Donroe »
En 1823, les États-Unis, puissance en ascension mais encore faible, cherchent à exclure les puissances coloniales européennes d’Amérique latine. « L’Amérique aux Américains ! » proclame alors fièrement le président James Monroe. Mais comme souvent dans l’histoire nord-américaine, la pureté des intentions originelles dérive vite vers des buts moins louables.



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