Des œuvres d’art orphelines cherchent des collectionneurs

Publié le 4 juin 2026

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Dans une galerie éphémère, à Lucerne, la curatrice suisse Alessa Widmer expose des œuvres d’art que leurs propriétaires ont égarées dans les transports publics. Une invitation à repenser ce que signifie posséder, perdre et peut-être retrouver.

Il existe des expositions qui montrent des œuvres. D’autres qui racontent des artistes. Et puis il y a celles, plus rares, qui interrogent les conditions mêmes de l’existence des objets, leur présence au monde, leur circulation, leur disparition. L’exposition «art trouvé» (fundkunst) qu’Alessa Widmer a conçue à Lucerne appartient résolument à cette dernière catégorie. Son matériau? Des œuvres d’art que leurs propriétaires ont égarées dans les transports publics suisses. Son propos? Une méditation singulière sur la valeur, l’attachement et le destin imprévisible des objets culturels. Son originalité? Transformer un accident, la perte, en dispositif curatorial. L’idée est aussi simple que vertigineuse.

La généalogie d’un projet
Pour comprendre le projet fundkunst.ch, il faut d’abord comprendre l’entreprise familiale dont il est issu. Le père d’Alessa, Roland Widmer, fondateur de fundsachenverkauf.ch, une société zurichoise, au nom imprononçable, a décroché un contrat exclusif avec les CFF pour la revente des objets trouvés non réclamés. À cette relation privilégiée avec les chemins de fer fédéraux se sont progressivement ajoutées celles avec les aéroports de Zurich et de Genève, via Swissport et dnata, CarPostal Suisse, les Transports publics de Zurich et, depuis 2020, plusieurs centres logistiques privés. Le volume est stupéfiant: plus de 200 000 objets traités chaque mois par une équipe d’employés et d’experts, dans la boutique à Zurich, avec une présence en ligne et sur la plateforme d’enchères.

Les chiffres donnent le tournis. En Suisse, les services des objets trouvés enregistrent plus de 180 000 abandons par an. Les seuls trains et...

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