L’avènement de l’intelligence artificielle, en particulier les modèles génératifs comme ChatGPT, semble annoncer une importante transformation de l’économie mondiale. Plus en profondeur, elle questionne le sens même du travail et de notre humanité. Tour d’horizon des enjeux humains, environnementaux et éducatifs de cette révolution numérique.
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Si l’intelligence artificielle avait déjà beaucoup évolué depuis une quinzaine d’années, un tournant décisif s’opère fin 2022, lorsque l’entreprise OpenAI lance la dernière version de son agent conversationnel: ChatGPT-3. Issu du modèle dit «transformer» — présenté en 2017 par des chercheurs de Google dans l’article Attention is all you need — ce chatbot est capable de traiter les données en parallèle et d’en évaluer la pertinence contextuelle. Entraîné sur une quantité gigantesque de données (les large language models, ou LLM), ChatGPT-3 marque une avancée substantielle de l’intelligence artificielle, laissant présager son application à un niveau systémique. Depuis lors, en promettant de s’imposer dans quasiment tous les domaines, cette technologie fait l’objet d’investissements colossaux. Mais si les conséquences potentielles de cette «mutation» technologique sur l’économie et l’emploi sont vivement discutées, c’est aussi la valeur sociale et philosophique du travail qu’elle vient remettre en question. En créant ses machines, l’homme crée un nouveau monde et se modifie lui-même.
Certains considèrent que l’IA générative est une nouvelle révolution industrielle. Après avoir fait disparaître une majorité des métiers du secteur primaire, puis secondaire, le progrès technologique s’attaquerait à présent au secteur tertiaire, rendant le travail cognitif propre à de nombreuses professions de plus en plus inutiles. Ainsi, les professions intellectuelles les plus «mécaniques», comme celles de secrétaire administratif, de comptable ou de traducteur, risquent pour beaucoup d’être automatisées par l’IA. Mais des professions plus créatives sont aussi concernées: l’IA menace notamment les analystes financiers, les informaticiens, les scénaristes, les journalistes ou encore les enseignants.
L’impact incertain de l’IA sur l’emploi
Toutefois, les pronostics et les premières observations sont variés et encore vagues. Selon le FMI, le Fonds Monétaire International, 40 % des professions seront atteintes dans les dix ans à venir, tandis que l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, estime ce chiffre à 25 %. Ces déclarations alarmantes contrastent avec d’autres, dont la récente étude de Daron Acemoglu, prix Nobel d’économie 2024, qui juge que seuls 5 % des professions seront réellement impactées. Selon lui, les professions intellectuelles ne seront pas remplacées, mais modifiées: l’IA jouera surtout le rôle d’assistant, en éliminant les tâches rébarbatives. Ce qui, en revanche, diminuera sans doute, c’est la masse d’employés actuellement nécessaire pour s’en acquitter. Il serait donc préférable de penser que l’IA, tout comme l’arrivée d’Internet, est une technologie qui s’insère dans les pratiques déjà existantes, en s’occupant des tâches liées à une activité ou une fonction professionnelle. Daron Acemoglu suspecte d’ailleurs une bulle spéculative autour de l’IA, dont les capacités ne seraient pas à la hauteur des attentes et des promesses actuelles, tant sur le plan technique que «logistique». D’autant que les mastodontes de la tech — OpenAI, NVIDIA, Amazon, Oracle, etc. — et autres start-up sont liés par des financements circulaires qui alimentent artificiellement leur valorisation.






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