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Entomologiste et peintre d’art brut

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 15 août 2025 · 2 min de lecture

Entomologiste et peintre d’art brut

«La mécanique des ailes», Chloé Falcy, Editions Hélice Hélas, 220 pages.

Eugène Gabritschevsky (1893-1979) a réellement existé. Il est né à Moscou, mort en Allemagne, a été un entomologiste renommé, un peintre d’art brut dont l’œuvre continue d’être admirée. Chloé Falcy nous raconte sa vie mais ce n’est pas une biographie, plutôt un roman, un bon roman. Dans sa postface, Michel Thévoz, le créateur de la Collection de l’Art Brut de Lausanne qu’on ne s’étonne pas de trouver là, dit qu’il s’agit d’une histoire, «en jouant sur l’amphibologie du terme, qui renvoie contradictoirement (?) à la réalité et à la fiction». Voilà donc une histoire d’Eugène Gabritschevsky; lorsqu’on commence à la lire il est difficile de s’arrêter. En partie parce que l’autrice use d’un procédé éprouvé: passer d’une époque à d’autres. Dans l’une, Gabritschevsky vit dans un hôpital psychiatrique où son frère l’a fait enfermer pour schizophrénie. Dans les autres époques, il est enfant, puis adolescent, puis jeune homme… bref, il grandit et est conditionné par sa mère, une femme dure, exigeante, prétentieuse. Le procédé de Chloé Falcy est efficace, les allers-retours rythment le récit, mais il a tendance à nous faire croire que Gabritschevsky finit à l’asile à cause de sa mère. Ce qui est bien sûr une explication beaucoup trop psychiatrique, pas assez philosophique, pas du tout artistique. Parlant de son œuvre, Thévoz dit que pour la voir, il est nécessaire de «se laisser conduire par une déterritorialisation qui nous déprend de notre bipolarité cognitive, celle notamment de l’abstraction et de la figuration.» Il serait intéressant, à partir de là, de regarder aussi la vie de Gabritschevsky en la déterritorialisant. Cela se passe par moments dans le roman, notamment lorsque le biologiste «devient» – au sens deleuzien du devenir – un des insectes qu’il observe. L’histoire de Chloé Falcy encourage à découvrir l’œuvre d’Eugène Gabritschevsky ET le monde des insectes. Pourquoi refuser?

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