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Le faux polar qui fait réfléchir

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 4 avril 2025 · 2 min de lecture

Le faux polar qui fait réfléchir

«Ligne de fuite», Pierre Ronpipal, Nouvelles Editions Humus, 136 pages.

Le petit volume se présente comme un polar, dans la collection Damned des Nouvelles éditions Humus, à Lausanne. Mais pas de policiers dans l’histoire, pas d’enquête froide. Son mystérieux auteur, Pierre Ronpipal, raconte pourtant, dans cette Ligne de fuite, une terrible traque. Pierre, né dans un milieu modeste, voyou sur les bords dans sa jeunesse, prend goût à son métier d’installateur sanitaire, finit par créer son entreprise, devenue florissante. Il a des sous, il a une belle femme, Catherine, et deux enfants. Mais le couple, à la longue, s’use méchamment. Il découvre alors des plaisirs nouveaux auprès d’une dominatrice patentée, qu’il rencontre en rendez-vous rémunérés, bien cadrés. Voilà qu’un jour la tourmente déferle. Après avoir bu un verre qu’on lui a tendu lors d’une rencontre entre amis, il se retrouve sur une voie ferrée, groggy, mais par chance le train est en retard et il s’en sort. Peu après, il sort dans la rue et un SUV noir le renverse. Sous une pluie qui ne cesse pas tout au long du récit. Il ne sait pas trop où reposer sa carcasse douloureuse. Car le doute devient pour lui certitude. C’est sa femme qui veut sa peau. Aller chez sa sœur avec qui il a des rapports distants? Oui, elle sait le réconforter, mais il ne peut rester là. Fuite à travers la ville. Espérant semer la terrible bagnole qui le retrouve partout. Le temps de réfléchir aux rôles des personnes qui ont marqué son parcours, pour le meilleur et pour le pire. Flash-back sur le passé. Comment une trajectoire si prometteuse peut-elle se casser ainsi? Quelles occasions manquées? Il lui vient cette phrase de portée philosophique: «On ne devient rien en ne devenant que ce que l’on voulait devenir.» Le récit, haletant, non sans humour, ne donne pas dans le bavardage. L’action bouscule et fait mal. Elle se dénoue − fort mal − lors d’une visite dans un club libertin où le pourchassé, dans sa fuite, toujours sous la pluie, s’est réfugié pour soigner ses bleus et retrouver son souffle. Accueilli par le patron, un pote, à qui il a vendu des robinets. C’est une soirée pour couples, mais voilà qu’il tombe sur deux femmes tout à fait inattendues. Et fatales. On ne lâche pas ce roman. On y repense après l’avoir lu. L’auteur ne devrait plus se cacher sous un pseudo. Et poursuivre, non pas quelque fuite, mais sur le fil prometteur de son talent littéraire. 

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