Sombrer ou se réinventer

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 16 août 2024 · 2 min de lecture

«Jacaranda», Gaël Faye, Editions Grasset, 288 pages.

Le jacaranda est un arbre dans lequel, à Kigali, aime à se réfugie Stella, une jeune Rwandaise née quelques années après le génocide de 1994, d’une mère survivante; elle y sent des choses. Mais le récit de Gaël Faye, lui-même franco-rwandais, débute en 1994, à Paris, où vit Milan, 12 ans, qui n’est pas très au courant de ce qu’il se passe dans le pays d’origine de sa mère, celle-ci n’en parlant jamais, de son passé à elle non plus. A la fin de l’été arrive chez eux un neveu du Rwanda, Claude, mutique, la tête bandée, ayant perdu ses parents dans les massacres. Milan s’y attache comme à un frère mais Claude retourne rapidement en Afrique. Le récit se poursuit ensuite en 1998, Milan accompagne sa mère au Rwanda. En 2005, Milan y retourne, puis en 2010, en 2015 et en 2020. Le lecteur est ainsi le témoin de plusieurs évolutions croisées: celle des personnages et celle de la vie dans un pays où s’est déroulé un effroyable génocide et où les victimes et les bourreaux se croisent, doivent vivre ensemble. La mère de Milan se tait, ne veut pas que son fils interroge le passé. Claude, lui, est en colère, rêve de tuer son bourreau, celui qui lui a donné un coup de machette à la tête et l’a laissé pour mort. Jacaranda est un livre dense, pas parce qu’il évoque les massacres mais parce qu’il met à nu les tourments des survivants et de leurs enfants. C’est un livre impressionnant car il montre que les douleurs secrètes peuvent être plus terribles que les blessures physiques. Chacun et chacune, dans ce livre, cherche qui il ou elle est alors que l’ordre social a été bouleversé, ravagé. Les personnages ont peu de choix: sombrer, se taire, enfouir ou se réinventer et réinventer leur relation aux autres.    


Gaël Faye sera au Livre sur les quais, à Morges, samedi 31 août et dimanche 1er septembre.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Le créateur romand qui brille en Allemagne

CultureArticle

Le créateur romand qui brille en Allemagne

Julien Chavaz, 44 ans, qui a étudié le théâtre à Lausanne et Genève, traîné ses guêtres sur plusieurs scènes européennes, est couvert de prix pour ses multiples activités créatrices. Il est aujourd’hui superintendant du Théâtre-Opéra de Magdeburg, en Sachsen-Anhalt. Au cœur de la bataille politico-culturelle qui s’annonce.

Jacques Pilet

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

CultureArticle

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

Pour contrer les Soviétiques durant la guerre froide, les Etats-Unis menèrent une véritable offensive culturelle qui se poursuit de nos jours. Elle se déploya tous azimuts afin d’ancrer dans les mentalités européennes la supériorité de l’Amérique. Il existe un livre de référence à ce sujet, publié en 1999: «Qui menait la danse? La CIA et la guerre froide culturelle». Son autrice, la Britannique Frances Stonor Saunders, est décédée le 31 août à l’âge de 60 ans. L’occasion d’un hommage.

Martin Bernard