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Le Bürgenstock peut réussir… Mais sans Zelensky (ni Cassis)

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 24 mai 2024 · 6 min de lecture

Le Bürgenstock peut réussir…  Mais sans Zelensky (ni Cassis)
Le président Zelensky invité du sommet de l'OTAN à Vilnius, le 12 juillet 2023. © Simon Dawson / No 10 Downing Street - source officielle

Le buisson du Bürgenstock cache la forêt dévastée de la diplomatie suisse. Pardonnez-moi cette métaphore éculée, mais c'est hélas la triste réalité. Depuis l'entrée en fonction d'Ignazio Cassis en 2017, aggravée par l'arrivée de Viola Amherd à la tête du Département de la Défense en 2018, tous deux farouches défenseurs d'un réalignement sur l'OTAN et les Etats-Unis, la politique étrangère suisse a basculé. Dans le mauvais sens.

Plusieurs cadres du Département des Affaires étrangères ne s’en cachent pas: «On a subitement changé de doctrine et d’alliances. Ce qui a eu pour effet que des réseaux que nous avions parfois mis vingt ans à construire, avec la Russie, avec certains pays du Sud, au Moyen Orient, ont été détruits en quelques mois.» En s’alignant sur les pays occidentaux et en répercutant servilement leurs haines et leurs engouements, «la voix de la Suisse, la petite musique que nous arrivions à faire entendre sur la scène internationale, a complètement disparu. Nous nous sommes fondus dans la masse des Occidentaux.»

C’est particulièrement visible au Conseil de sécurité et en matière de sécurité collective. Le Conseil fédéral, foulant aux pieds ses engagements passés en faveur de la paix et du dialogue, s’obstine par exemple à refuser de ratifier le traité sur l’interdiction des armes nucléaires par peur de déplaire à l’OTAN (dont nous ne sommes pas membre pourtant!) Mi-mai, la Suisse fut le seul pays à s’abstenir lors du vote d’une résolution du Conseil de sécurité destinée à prévenir la course aux armements spatiaux, résolution à laquelle s’opposaient les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et quatre autres pays qui leur sont dévoués. 

Plus grave, la Suisse est en train de renier le droit humanitaire et le droit international dont elle s’était pourtant fait la championne ces dernières décennies. Coincée par ses prises de position pro-israéliennes, anti-UNWRA et anti-Hamas – une aberration quand on connait son implication en faveur dans le processus de paix de Genève en 2003 et son attachement passé à discuter avec toutes les parties d’un conflit – elle n’a jamais condamné les exactions de l’armée israélienne à Gaza et n’a toujours pas réagi à la demande de la CPI d’inculper les dirigeants israéliens et du Hamas pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Elle est le seul pays d’Europe à être resté muet alors même que l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, très engagées en Palestine, viennent au contraire de reconnaitre l’Etat palestinien. 

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