Michel Moret entre femmes-lumière et pensées vagabondes

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 22 septembre 2023 · 2 min de lecture

«Besoin de lumière», Michel Moret, Editions de l’Aire, 78 pages.

Quand on a passé la plus grande part de sa vie dans les livres, à les lire, les relire, à les publier, à les ausculter au rayon «manuscrits en attente», on doit hésiter avant d’y ajouter le sien. Croyant sa mort proche, Michel Moret en éprouva néanmoins le besoin. A sa manière, des petits textes à l’air de rien qui en disent long. Titre génial: Ceux qui savent sont ceux qui rient. L’ouvrage, modeste, surtout par le nombre de pages, trouva son public. Pas étonnant que l’éditeur veveysan, plus tout jeune, surchargé de travail, ait cédé une nouvelle fois à la tentation. On l’en remercie parce que son dernier opuscule est un régal.

Non pas une autobiographie mais un voyage littéraire: «un souvenir imagé, une couleur, une odeur, une musique peuvent nous ramener au cœur de nous-mêmes.» Et nous voilà dans un méli-mélo de phrases courtes, de propos légers ou pas autant qu’il y paraît. Quelques portraits de personnages imaginaires, ou pas autant qu’il y paraît. Quelques mini-nouvelles. Avec un point commun, l’attrait, l’amour des femmes. Celles d’une vie, celles d’un moment, celles qui partent, celles qui arrivent sans crier gare. Pauline qui aime tant l’opéra, le bon vin et la tête de veau avant de plonger avec son amant dans un océan de sensualité. Cette dame d’Evian qui voit un Vaudois égaré, déçu d’un rendez-vous espéré et tombé à l’eau… et qui fera sa vie avec ce voisin de table. Ou cette autre qui écrit à son abbé chéri, liaison délicate… «Ecarter mes cuisses pour toi, c’est célébrer la grâce du monde. Je te confesserai, je te consolerai, je te bénirai, je te caresserai, je t’aimerai avec rage et douceur. Tu glisseras ton nez entre mes seins et tu auras l’impression de boire des nuages…» Le souvenir des «femmes-lumière» remonte, autour d’un verre de Johannisberg, avec l’ami Adrien, à l’hôtel Weisshorn.

Prélude en sourdine à la philosophie? Pourquoi pas? Mais Moret a sa retenue devant les certitudes. Il cultive le doute. Devant ceux qui croient en Dieu et ceux qui n’y croient pas. A une exception près: pour lui, Poutine est le Mal absolu. On n’ose imaginer son désarroi si le dictateur du Kremlin venait à disparaître. Mais Moret ne s’attarde pas sur le sujet. Il est d’ailleurs prêt à tous les rebonds de l’histoire. «Si Jésus-Christ revenait parmi nous, il finirait noyé au fond de la Méditerranée. Certains me rétorqueraient qu’il marcherait sur les eaux en fumant une Marlboro.» Pas le temps de lire? Ces 78 pages passeront trop vite. Comme une trop bonne glace aux parfums variés.

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