Jean Prod’hom élargit les seuils de l’univers qui nous contient


En un peu plus de cent pages limpides, voire parfois candides, et non moins denses et d’une belle musicalité, le rêveur à la Rousseau, promeneur des marges, que représente l’auteur vaudois, poursuit ses déambulations dans la nature accueillante autant que par le dédale de son existence passée, entre moments de déprime et minutes heureuses, tout à la célébration de «cela simplement qui est», cadeau du présent.
Sommaire
Elargir les seuils est un petit livre étroit de format et d’à peine plus de cent pages, mais assez large d’esprit et de cœur et qu’il faut tout de suite dire amical et de bonne compagnie, de bon conseil sans être sentencieux; un livre d’une immédiate proximité où celui qui parle de lui vous parle de vous, ou d’une sorte de nous partagé, en évoquant l’étrangeté de notre naissance et la singularité de nos enfances ou de l’adolescence telle que les uns, bien sages et alignés, ou les autres plus rebelles, ou tout à fait solitaires, les auront vécues à travers les années, des années parfois marquées par de soudaines déprimes qu’aucun thérapeute, prêtre ou coach de vie (homme ou femme si ça se trouve) n’aura soulagées sur le moment alors même que la dépression en question aura peut-être préludé à une reconstruction de soi ou à une véritable rédemption – le livre de Jean Prod’hom évoquant plus ou moins tout ça; et j’en étais d’ailleurs à penser à nos vies, l’autre soir, tout en poursuivant ma lecture, bientôt interrompue cependant, du fond de la nuit de la forêt d’à côté, par les abois de mon fox Snoopy devenant bientôt d’inquiétants gémissements, sur quoi j’aurais pu finir assommé dans l’obscurité des bois où, à la recherche de mon chien, j’ai fait une chute aussi soudaine que brutale, tête la première et rebondissant sur une quinzaine de mètres le long de la très roide pente du ravin tapissé d’ail des ours…
Or je n’évoque pas cette péripétie par complaisance narcissique, mais parce qu’elle s’inscrit en somme dans cette fin de soirée de lecture d’un livre impliquant précisément le moment vécu de celui qui lit et ses propres sentiments ou sensations du moment…
«J’étais là, telle chose m’advint», le vers fameux de La Fontaine, pourrait être, de fait, l’exergue d’Elargir les seuils dont l’auteur, Jean Prod‘hom, a plutôt choisi cette citation du pédagogue Fernand Deligny: «Le langage mène à tout. D’aucune n’en reviennent jamais»… Ce qui n’exclut ni les mots qui aident, ni les paroles qui sauvent, pourrait-on ajouter.




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