La naissance d’un nouvel ordre financier mondial


La guerre d’Ukraine a précipité le basculement du monde vers l’Asie et le Sud global. Depuis février 2022, les événements se précipitent, tant sur le plan politique qu’économique: augmentation des accords de commerce en monnaies nationales, plan de paix entre l’Arabie saoudite et l’Iran sous l’égide de la Chine, multiplication des demandes d’adhésion aux BRICS, projet de monnaie commune entre l’Argentine et le Brésil, etc.
Le débat fait rage, tant en Occident qu’en Asie et dans le Sud global, pour savoir s’il ne s’agit que d’un feu de paille sans importance ou, au contraire, de la phase initiale d’un mouvement profond et irréversible. En avril dernier, deux mandarins du monde économique américain sont intervenus dans le plus prestigieux organe de l’empire anglo-saxon, Foreign Affairs, pour affirmer que l’hégémonie du dollar et la suprématie des institutions de Bretton Woods, FMI et Banque mondiale, appuyées sur l’absolue dominance des armes et des dépenses militaires nord-américaines, n’étaient nullement menacées. Circulez, il n’y a rien à voir, conseillaient-ils avec morgue aux inquiets et aux critiques, ce n’est pas demain que les Etats-Unis perdront leur leadership financier, monétaire et militaire.
Le même mois, d’autres économistes tout aussi capés, tels Radhika Desai et Michael Hudson (dans leur dernier Geo Economical Report) ou l’analyste vedette du Crédit suisse Zoltan Pozsar (dix jours avant la déconfiture de la banque), prenaient la plume dans des papiers très argumentés pour dire que la Chine cherchait non sans succès à «briser le colonialisme financier occidental» et que l’on assistait à «la naissance d’un nouvel ordre financier mondial». Rien de moins!
Qui a raison? Les deux camps, à vrai dire.




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