
Littérature


Johann Zarca

Les livres de 2019
La civilisation des livres paraît s’effondrer. Les éditeurs persistent, combattants d’un monde que certains jugent révolu. Mais la parole est sans âge, même si les libraires s’inquiètent que les mots sur papier ne se vendent plus comme avant. En vérité on écrit de plus en plus, mais souvent dans le creux de sa main, puis on pèse sur un bouton. La radio publique vient de s’illustrer en supprimant l’accueil incomparable qu’Espace 2 réservait aux auteurs. Ainsi furent constituées nos plus riches archives de confidences littéraires. En contradiction avec ce dédain nous allons ici célébrer l’abondance d’ouvrages publiés cette année même dans notre pays.

Pajak dans le siècle
Point n’est besoin de présenter Frédéric Pajak. L’un de nos écrivains les plus talentueux et surtout les plus originaux. Encore que ce terme d’écrivain ne s’applique guère à ce fils de peintre. Est par trop réducteur s’agissant de son travail qui mêle écriture et dessin. N’a-t-il pas créé, il y a bientôt 20 ans, la maison d’édition Les Cahiers dessinés? Mais surtout il y a les 8 volumes – il y en aura 9 au total – de son Manifeste Incertain, qui lui ont valu rien moins que le Prix Médicis de l’essai et le Prix Goncourt de la biographie.

En quête de lecteurs au bout de la souris
L’arrivée du traitement de texte a démocratisé un rêve quasi universel: aujourd’hui, tout le monde écrit, ou presque. Les éditeurs, pourtant nombreux, ne parviennent pas à absorber toute cette production littéraire. Mais il y a d’autres moyens de trouver un lectorat: à côté de l’autoédition, de l’édition à compte d’auteur ou de l’édition numérique, les plateformes de partage de textes se développent. Comme webstory.ch, créé voici 8 ans par la genevoise Helena Zanelli.

James Osmont

Anaïs Nin

Sam ou l’enfance volée
D’une densité émotionnelle et d’une qualité d’écriture hors pair, le premier roman de l’acteur vaudois Edmond Vullioud, bien connu, place celui-ci au premier rang de nos écrivains. Dans le décor admirablement restitué de nos bourgs calvinistes du début du XXe siècle, l’auteur brosse le portrait infiniment nuancé, tendre et violent, d’un «innocent» humilié de multiples façons et qui se révèle bientôt, par delà ses blessures, un artiste original et un «justicier» impatient de reconquérir son royaume perdu.

Cinq bonnes raisons de lire Etienne Barilier
La semaine dernière, l’auteur de Dans Khartoum assiégé recevait le prix de l’Association vaudoise des écrivains pour l’ensemble de son œuvre. Une oeuvre dont l’ampleur, l’étendue, l’érudition et la profondeur de réflexion peuvent intimider: Etienne Barilier serait-il un intellectuel trop austère? Quel affreux malentendu! Voici, à l’attention des débutants hésitants, quelques bonnes raisons de découvrir un auteur qui n’hésite pas à mordre et à faire preuve d’ironie. Un texte signé Sabine Dormond, membre de l’Association qui lui a décerné le prix et qui fête cette année son 75ème anniversaire.

La mort du Cid
Un prince en Avignon, cette chanson combien de fois l’ai-je entendue lorsque j’étais adolescent? Je puis sans effort la fredonner. Elle était un hommage à celui qui restera pour toujours le Cid et le Prince de Hombourg. Gérard Philipe, disparu le 25 novembre 1959. Le comédien n’avait que 36 ans. Avec Jean Vilar, il fut l’âme du Théâtre National Populaire, le fameux TNP, et illumina la Cour d’honneur du Palais des Papes les soirs d’été avignonnais. Ne pas l’avoir vu jouer, parce que j’étais bien trop jeune alors, demeure l’un de mes plus grands regrets.

Oostduinkerke, roman de la perte identitaire
La jeune Emma se rend à Oostduinkerke, une localité de la côte belge où elle passe régulièrement ses vacances. Depuis toute petite. Sauf que là, c’est la dernière fois. La maison familiale, tendrement surnommée l’Apicule, a été vendue. Un petit drame intime dans la mesure où Emma vit la disparition programmée de l’Apicule comme une perte identitaire. La rencontre de Charles, serveur lettré, va l’aider à poursuivre ce questionnement autour de l’identité jusqu’à l’embrasement final. Qui ne surviendra pas sous la forme attendue. Entretien avec l'auteure Claire May.

Faut-il crucifier Amélie Nothomb?
Sous ses airs de fée-sorcière belge à la Harry Potter gérant son image à chapeaux dingues et malice de sale gamine, la fine mouche, nièce du savant «bibliste» Paul Nothomb, a poussé le bouchon jusqu’à parler au nom du rabbi Iéshouah, le Jésus de nos catéchismes et superstar de cinéma.