Wayne Thiebaud, des gâteaux et des hommes

La Fondation Beyeler consacre une de ses premières expositions au peintre de l’American Way of Life (1920-2021), peu connu jusqu’ici en Europe.
«Des petits mondes figés, immuables, contemplatifs, source de beauté et de plaisir (…) Voilà ce que sont les tableaux», notait sobrement l’Américain Wayne Thiebaud (1920-2021) à propos de son art, peu avant son décès. Chacune des soixante-cinq œuvres exposées à la Fondation Beyeler évoque en effet un monde en soi. Un microcosme qui s’articule autour d’un gâteau de mariage et de ses mariés de sucre glace, autour du décor girly et pailleté d’une boutique de cupcakes, de devantures de boutiques alignant des séries sans fin de layer cakes. De ce couple juché sur des tabourets de bar pour y croquer un hot dog – Madame en robe fleurie et escarpins beige, Monsieur en costume trois-pièces et chaussures lustrées; ces deux-là ne se regardent pas, absorbés dans la contemplation de leur hot dog, imperméables à ce qui les entoure, attentifs seulement à ne pas renverser le soda surmonté d’une paille colorée… Des gâteaux et des hommes. Une part du rêve américain incarné dans des douceurs saturées de sucre, de crème et de couleurs flashy…
Mais qui est leur auteur – ce serial painter de cônes glacés et de pommes caramélisées, cet artiste obsessionnel du rythme et de la répétition, du rendu parfait des textures gourmandes?
Les natures mortes de Wayne Thiebaud évoquent les promesses de l’American Way of life, promesses mensongères, illusoires, duperies de gratte-ciel ou de machines à sous, séduction écœurante, vaguement répugnante de cet étalage de bouffe régressive…




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