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Vaincre le «temps des peurs»

Martin Bernard

Par Martin Bernard · Publié le 10 février 2023 · 4 min de lecture

Vaincre le «temps des peurs»
"Drame au désert", Henri Amédée Fouques, Square Cambronne, Paris. - © DR

Dans son dernier ouvrage, le sociologue Michel Maffesoli décrypte comment ce qu’il appelle la «caste dominante» s’arc-boute sur ses positions et ses valeurs à l’aide de stratégies de contrôle et d’asservissement de la pensée. Dans la crise que traverse actuellement l’Occident, il voit poindre les germes d’un renouveau civilisationnel.

Sommaire

«Celui qui contrôle la peur des gens, devient le maître de leur âme». C’est par cette phrase de Machiavel que Michel Maffesoli, professeur émérite à la Sorbonne, débute son dernier livre intitulé justement Le Temps des peurs. Dans cet essai, paru ce mois, le sociologue revient sur la «psycho-pandémie» de Covid, dont la survenue a révélé selon lui toutes les limites de la civilisation moderne occidentale: aseptie de la vie sociale, tyrannie sécuritaire et plus généralement valorisation d’un bien-être quantitatif, consommatoire, économique et matérialiste au détriment de valeurs transcendentales. «Il devient de plus en plus évident que nous sommes en transit vers une autre manière d’être-ensemble. Pour le dire en des termes plus soutenus, nous vivons une transition épochale. Et ceci, ce qui est normal, dans la crainte et le tremblement. De telles mutations suscitent de la part des pouvoirs en place une rigidification de leurs attitudes». 

Stratégie de la peur

Cette rigidification s’incarne notamment à travers la mise en place d’une stratégie de la peur, afin de contraindre les comportements et de restreindre les relations sociales. Ainsi, les procédés de contrôle et d’asservissement se multiplient. La surveillance devient omniprésente et toute déviance à la norme admise est d’abord scrutée puis, le cas échéant, marginalisée. L’environnement psycho-sociétal ainsi généré conduit à un anéantissement de la pensée, à une mise en scène du réel, à la théâtralisation de la vie publique.

Dans cette société du spectacle, deux concepts sont à la mode depuis quelques années: le «complotisme» et le «wokisme». Maffesoli s’emploie à en décrypter la signification réelle. Le premier est balayé d’un revers de plume, comme étant ni plus ni moins qu’un anathème employé par les garants de la doxa pour stigmatiser les réflexions hétérodoxes. Quand une idée dérange le narratif officiel, en effet, il est aisé de la discréditer en la qualifiant de «complotiste». Cette disqualification a priori possède en outre l’avantage de ne pas avoir à réfuter les arguments avancés.

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