Un «Oups!», et on se marre

Isabelle Falconnier

Par Isabelle Falconnier · Publié le 18 novembre 2017 · 2 min de lecture

Un «Oups!», et on se marre
Secoué, le tout donne un spectacle rigolo comme tout, pétillant, tendre, malin, potache mais hyper pro. - © DR / NL

De toutes choses, mieux vaut en rire qu’en pleurer: depuis belles lurette, à l’enseigne du théâtre Boulimie à Lausanne, le tandem Frédéric Girard/Kaya Güner a fait sienne ce dicton qui permet d’affronter chaque cramine de novembre avec un peu moins de dépit. «Oups!», donc, leur dernière production maison, fait rire et ça tombe bien, on en a besoin. Elle est sous-titrée «La fausse histoire d’un vrai menteur», mais c’est juste parce qu’il faut bien un sous-titre: il n’y a pas vraiment d’histoire, c’est même irracontable, et tant mieux.

Dans le shaker, une pincée de burlesque, des envolées d’opérette, quelques larmes de boulevard et des litres de gaudriole. Secoué, le tout donne un spectacle rigolo comme tout, pétillant, tendre, malin, potache mais hyper pro, au rythme endiablé, réglé comme une horloge, vaguement mais agréablement ringard, parfaitement digeste bien que dégoulinant d’autodérision.

L’intrigue est simple: un professeur de chant plus bellâtre, coquet, veule et séducteur que pédagogue met en scène son propre enterrement. Autour du cercueil se pressent ses deux élèves, par ailleurs ses deux maîtresses, et leur mari respectif. À partir de là, tous les quiproquos, fantasmes et comiques de situation sont permis. Pour faire tenir le tout, pas de miracle. Il faut des génies des petits moyens mais de la grande créativité qui bougent bien, chantent, parlent, incarnent, et n’hésitent pas à se saisir d’un détail pour en fait un bon gros plat – inoubliable, la scène où Davide, s’étant pris un coup de genou bien mérité sur les attributs de son mâle entrejambe, décline les «aïe», «ouille» et autre «ay!» de toutes les ululantes manières possibles.

En tête, le baryton Davide Autieri, absolument irrésistible que ce soit en prof de chant flagorneur ou en Davide Croquette kitsch, porté par un Frédéric Girard en boucher-charcutier d’anthologie ou en cow-boy de pacotille sublimement minable, et bien sûr Kaya Güner en tout ce qu’on veut avec toujours la même facilité élastique, dont un Marlon «Parrain» Brando grotesque à souhait. Entourés des piquantes chanteuses Leana Durney et Léonie Keller et d’un orchestre live mené par Guy-François Leuenberger (que l’on trouve logiquement au sein de la troupe Comiqu’opéra avec Davide Autieri et Leana Durney), tous cabotinent avec ardeur, et talent.


«Oups! Ou la fausse histoire d’un vrai menteur.» Avec Davide Autieri, Leana Durney, Léonie Keller, Frédéric Girard, Kaya Güner. Musique composée et menée par Guy-François Leuenberger. Théâtre Boulimie, Lausanne. Jusqu’au 16 décembre.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Une claque aux Romands… et au journalisme international

CultureArticle

Une claque aux Romands… et au journalisme international

Au moment où le Conseil fédéral tente de dissuader les cantons alémaniques d’abandonner l’apprentissage du français au primaire, ces Sages ignorants lancent un signal contraire. Il est prévu, dès 2027, de couper la modeste contribution fédérale de 4 millions à la chaîne internationale TV5Monde qui diffuse des programmes francophones, suisses notamment, tout autour de la planète.

Jacques Pilet

A Iquitos avec Claudia Cardinale

CultureArticle

A Iquitos avec Claudia Cardinale

On peut l’admirer dans «Il était une fois dans l’Ouest». On peut la trouver sublime dans le «Guépard». Mais pour moi Claudia Cardinale, décédée le 23 septembre, restera toujours attachée à la ville péruvienne où j’ai assisté, par hasard et assis près d’elle, à la présentation du film «Fitzcarraldo».

Guy Mettan